Au moment où le gouvernement lance « le grand débat sur l’identité nationale », il convient de se remémorer les propos de Charles De Gaulle dont beaucoup s’enorgueillissent d’être les porteurs de sa pensée. Du coup Hortefeux va passer pour un humaniste !!!
Citations du Général De Gaulle le 5 mars 1959 rapportées par Alain Peyrefitte :
« C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu'on ne se raconte pas d'histoire ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et les Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherez-vous de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées. »
Un texte très intéressant , même s'il est long : la fin est très édifiante
Article paru dans le journal "Le Monde" du mercredi 25 novembre 2009 ...
Le philosophe, Michel ONFRAY demande à Monsieur le Président de devenir camusien !
Monsieur le Président, devenez camusien !
Transférer Camus au Panthéon suppose de partager sa philosophie
Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d'accueillir les cendres d'Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles : " Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ". Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son oeuvre et qu'une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l’éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.
De fait, pendant sa trop courte vie, il a traversé l'histoire sans jamais commettre d'erreurs : il n'a jamais, bien sûr, commis celle d'une proximité intellectuelle avec Vichy. Mieux : désireux de s'engager pour combattre l'occupant, mais refusé deux fois pour raisons de santé, il s'est tout de même illustré dans la Résistance, ce qui ne fut pas le cas de tous ses compagnons philosophes. De même, il ne fut pas non plus de ceux qui critiquaient la liberté à l'Ouest pour l'estimer totale à l'Est : il ne se commit jamais avec les régimes soviétiques ou avec le maoïsme.
Camus fut l'opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d'autres se révélèrent si petits.
Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l'instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d'origine en devenant, par la culture, les livres, l'école, le savoir, celui que l'Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rappelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : " Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé. " Dès lors, c'est à La Princesse de Clèves que Camus doit d'être devenu Camus, et non à la Bible.
De même, comment justifierez-vous, Monsieur le Président, vous qui incarnez la nation, que vous puissiez ostensiblement afficher tous les signes de l'américanophilie la plus ostensible ? Une fois votre tee-shirt de jogger affirmait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d'une station balnéaire présentée comme très prisée par les milliardaires américains, vous preniez vos premières vacances de président aux Etats-Unis sous les objectifs des journalistes, ou d'autres fois encore, notamment celles au cours desquelles vous avez fait savoir à George Bush combien vous aimiez son Amérique.
Savez-vous qu'Albert Camus, souvent présenté par des hémiplégiques seulement comme un antimarxiste, était aussi, et c'est ce qui donnait son sens à tout son engagement, un antiaméricain forcené, non pas qu'il n'ait pas aimé le peuple américain, mais il a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l'argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l'impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dans Actuelles, demande " une vraie démocratie populaire et ouvrière ", la " destruction impitoyable des trusts ", le " bonheur des plus humbles d'entre nous " (Œuvres complètes d'Albert Camus, Gallimard, " La Pléiade ", tome II, p. 517) ?
Et puis, Monsieur le Président, comment expliquerez-vous que vous puissiez déclarer souriant devant les caméras de télévision en juillet 2008 que, " désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit ", et, en même temps, vouloir honorer un penseur qui n'a cessé de célébrer le pouvoir syndical, la force du génie colérique ouvrier, la puissance de la revendication populaire ? Car, dans L'Homme révolté, dans lequel on a privilégié la critique du totalitarisme et du marxisme-léninisme en oubliant la partie positive - une perversion sartrienne bien ancrée dans l'inconscient collectif français... -, il y avait aussi un éloge des pensées anarchistes françaises, italiennes, espagnoles, une célébration de la Commune, et, surtout, un vibrant plaidoyer pour le " syndicalisme révolutionnaire " présenté comme une " pensée solaire " (t. III, p. 317).
Est-ce cet Albert Camus qui appelle à " une nouvelle révolte " libertaire (t. III, p. 322) que vous souhaitez faire entrer au Panthéon ? Celui qui souhaite remettre en cause la " forme de la propriété " dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus libertaire de 1952 n'est pas une exception, c'est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répondant à une revue anarchiste brésilienne, Reconstruir, affirmait : " Le pouvoir rend fou celui qui le détient "(t. IV, p. 660). Voulez-vous donc honorer l'anarchiste, le libertaire, l'ami des syndicalistes révolutionnaires, le penseur politique affirmant que le pouvoir transforme en Caligula quiconque le détient ?
De même, Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d'Etat qui s'illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l'emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d'ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l'occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité.
Camus parlait en effet dans L'Homme révolté de la nécessité de promouvoir un " individualisme altruiste " soucieux de liberté autant que de justice. J'écris bien : " autant que ". Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c'est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c'est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c'est l'Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d'âme ; la justice sans la liberté, c'était l'URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l'incarnation souveraine, n'est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.
Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd'hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n'est guère question de liberté ou de justice... Ces filles et fils, frères et soeurs, descendants aujourd'hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d'Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu'aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ?
Comment allez-vous faire, Monsieur le Président, pour ne pas dire dans votre discours de réception au Panthéon, vous qui êtes allé à Gandrange dire aux ouvriers que leur usine serait sauvée, avant qu'elle ne ferme, que Camus écrivait le 13 décembre 1955 dans un article intitulé " La condition ouvrière " qu'il fallait faire " participer directement le travailleur à la gestion et à la réparation du revenu national " (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des journalistes reprenant les deux plus célèbres biographes de Camus pour faire du philosophe un social-démocrate...
Car, si Camus a pu participer au jeu démocratique parlementaire de façon ponctuelle (Mendès France en 1955 pour donner en Algérie sa chance à l'intelligence contre les partisans du sang de l'armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste), c'était par défaut : Albert Camus n'a jamais joué la réforme contre la révolution, mais la réforme en attendant la révolution à laquelle, ces choses sont rarement dites, évidemment, il a toujours cru - pourvu qu'elle soit morale.
Comment comprendre, sinon, qu'il écrive dans L'Express, le 4 juin 1955, que l'idée de révolution, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrouvera son sens quand elle aura cessé de soutenir le cynisme et l'opportunisme des totalitarismes du moment et qu'elle " réformera son matériel idéologique et abâtardi par un demi-siècle de compromissions et - que - , pour finir, elle mettra au centre de son élan la passion irréductible de la liberté " (t. III, p. 1020) - ce qui dansL'Homme révolté prend la forme d'une opposition entre socialisme césarien, celui de Sartre, et socialisme libertaire, le sien... Or, doit-on le souligner, la critique camusienne du socialisme césarien, Monsieur le Président, n'est pas la critique de tout le socialisme, loin s'en faut ! Ce socialisme libertaire a été passé sous silence par la droite, on la comprend, mais aussi par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspiration à l'hégémonie d'un seul.
Dès lors, Monsieur le Président de la République, vous avez raison, Albert Camus mérite le Panthéon, même si le Panthéon est loin, très loin de Tipaza - la seule tombe qu'il aurait probablement échangée contre celle de Lourmarin... Mais si vous voulez que nous puissions croire à la sincérité de votre conversion à la grandeur de Camus, à l'efficacité de son exemplarité (n'est-ce pas la fonction républicaine du Panthéon ?), il vous faudra commencer par vous.
Donnez-nous en effet l'exemple en nous montrant que, comme le Camus qui mérite le Panthéon, vous préférez les instituteurs aux prêtres pour enseigner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du marché faisant la loi ; que, comme Camus, vous ne méprisez ni les syndicalistes, ni le syndicalisme, ni les grèves, mais qu'au contraire vous comptez sur le syndicalisme pour incarner la vérité du politique ; que, comme Camus, vous n'entendez pas mener une politique d'ordre insoucieuse de justice et de liberté ; que, comme Camus, vous destinez l'action politique à l'amélioration des conditions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des démunis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous inscrivez votre combat dans la logique du socialisme libertaire...
A défaut, excusez-moi, Monsieur le Président de la République, mais je ne croirai, avec cette annonce d'un Camus au Panthéon, qu'à un nouveau plan de communication de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Montrez-nous donc que votre lecture du philosophe n'aura pas été opportuniste, autrement dit, qu'elle aura produit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu'en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l'origine d'une authentique révolution qui nous dispenserait d'en souhaiter une autre.
Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments respectueux et néanmoins libertaires.
Petite-fille de Marc Blochet historien médiéviste, nous avons décidé de joindre nos voix pour direstop à l'utilisation abusive de l'historien, de l'intellectuel, du résistant Marc Blochpar le président de la République,- et ceux qui l'entourent - pour habiller leurs discours idéologiques
Un jour, moi, Suzette Bloch, j'ai demandé à mon père : "Mais comment as-tu fait pour avoir le courage physique de résister à l'occupant ?"Il m'a répondu : "Tu sais, quand tu es agressé, tu ripostes, c'est comme un réflexe, tu ne te poses même pas la question."Mon père s'appelait Louis Bloch. Il était modeste. Ses hauts faits de résistant contre les nazis et leurs auxiliaires français, je les ai appris par le récit d'autres. J'aurais pu poser la question à mon grand-père. Mais je ne l'ai pas connu. Il a été fusillé. Le 16 juin 1944. Il est tombé sous les balles allemandes. Le soir, dans un champ. A Saint-Didier-de-Formans (Ain). Il était lui aussi dans la Résistance. Il s'appelait Marc Bloch. J'aurais pu poser la question à ma grand-mère. Mais je ne l'ai pas connue. Elle est morte le 2 juillet 1944. A Lyon. De douleur, de privations, sans nouvelles de son mari, de ses fils, Etienne, Louis et Daniel, tous engagés dans l'armée de l'ombre. Elle s'appelait Simonne.
Marc, Simonne, Louis m'ont laissé une mémoire, la mémoire d'une famille qui a érigé la liberté d'esprit au rang de première des valeurs humaines. Aujourd'hui, je suis indignée. Au point où j'en arrive à surmonter la timidité que j'ai aussi reçue en héritage. Pour dire "Assez!"
Le 12 novembre à La-Chapelle-en-Vercors, dans la Drôme, le président de la République a prononcé un discours destiné à apporter sa "contribution"au débat qu'il a lancé sur l'"identité nationale",une notion qui ne s'impose en rien et qui peut servir les pires desseins idéologiques. Il en a appelé à mon grand-père à l'appui de son hymne à la France repliée, chrétienne et éternelle. "Honneur", "patrie", "fierté d'être français", "identité nationale française", "héritier de la chrétienté": ces termes sont légion dans ce discours où le chef de l'Etat prétend décrire ce que doit être sa France, cautionnée par le "plus grand historien".
A plusieurs reprises, pendant la campagne présidentielle, il avait cru bon de citer L'Etrange Défaite, ce retour réflexif sur 1940, écrit par l'historien, qui avait été aussi combattant. Mais là, trop, c'est trop. Je suis révulsée. Pourquoi ce besoin de recourir à Marc Blochpour se vêtir de ses qualités d'homme irréprochable. Peut-être parce qu'il faut rendre noble et acceptable un débat qui sert à la fois de courtes visées électorales etun projet idéologique de retour au "national", sans rapport aucun avec les engagements et la vision du monde, savant et citoyen, de Marc Bloch.
Je refuse que mon grand-père soit utilisé pour célébrerla patrie selon Nicolas Sarkozy, qui joue de la peur de "l'Autre". "L'étranger" ?"L'immigré" ? Toujours sommé de se justifier, forcément marginalisé par un débat centré sur l'"identité nationale", pourchassé quant il n'est pas "en règle", obligé de se cacher, de cacher ses enfants ou de travailler aux sinistres conditions du travail au noir. Quels sont ces "renoncements"qui menacent la patrie ? Toute cette phraséologie n'a rien à voir avec Marc Bloch, qui s'est battu dans un tout autre contexte contre de vrais ennemis des libertés.
"Je suis, je m'en flatte, un bon citoyen du monde et le moins chauvin des hommes. Historien, je sais tout ce que contenait de vérité le cri fameux de Karl Marx :"Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"",écrivait aussi le médiéviste dans L'Etrange Défaite, soucieux d'articuler son intense patriotisme et de plus larges horizons.
Non, moi, sa petite-fille, je ne veux pas que Marc Blochsoit instrumentalisé par Nicolas Sarkozy. Il n'aurait pas approuvé cette idéologie nationaliste malsaine. Je demande au président de laisser la pensée de mon grand-père à l'étude, à la critique, aux historiens, ainsi qu'à tous les lecteurs de ses oeuvres.
L'historien coauteur de ces lignes doit dire, avec bien d'autres, que le fameux passage cité à plusieurs reprises par le président et ses proches, et encore à La Chapelle-en-Vercors, pour faire croire que l'histoire de France s'adopte comme un tout, comme un animal de compagnie, est un détournement bien abusif. Voici la phrase exacte : "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération."
Lorsqu'on remet cette phrase dans son contexte, on comprend qu'elle sert avant tout à dénoncer l'étroitesse d'esprit du patronat des années 1930, incapable de saisir l'élan des luttes ouvrières, et en particulier de celles de 1936. "Dans le Front populaire", ajoute Bloch - le vrai, celui des foules, non des politiciens -, il revivait "quelque chose de l'atmosphère du Champ de Mars, au grand soleil du 14 juillet 1790."Surtout, Marc Bloch dénonce ici l'incapacité des élites à bâtir de grands moments de rassemblement autour des idéaux démocratiques, face à ceux des régimes fascistes. Les spécialistes de Marc Bloch invitent à la prudence dans l'usage de la phrase, déjà formulée pendant la Grande Guerre. Ils en ont proposé de multiples lectures, insistant sur ce double contexte de guerre. A l'évidence, ce genre de discours d'union sacrée est un lieu commun pendant un conflit et mérite d'être entendu dans ce contexte.
Comme d'habitude, le président sort des mots et des icônes de leurs contextes et de leurs engagements pour les peindre aux couleurs du jour, les plus nationales en l'occurrence, oubliant l'époque qui les a produits, empêchant toute compréhension des enjeux du temps. Comme le note l'historien Gérard Noiriel,"alors que Nicolas Sarkozy n'a cessé de stigmatiser la pensée critique comme une menace sur l'identité nationale, Marc Bloch l'a, au contraire, toujours encouragée".
Suzette Blochest Journaliste, petite-fille de Marc Bloch
Nicolas Offenstadtest Maître de conférences en histoire à l'université Paris-I, auteur de "L'Histoire bling-bling", Stock
« Sarkozy est l'ami de Bush, Kadhafi, Poutine, Berlusconi. Sa politique est aux antipodes des valeurs et conceptions que défend Camus. Au lieu de gesticuler, qu'il supprime le bouclier fiscal, qu'il s'excuse publiquement de ses insultes aux universitaires, qu'il vide Hortefeux et qu'il s'impose une cure de discrétion médiatique. »Jeanyves Guérin
Camus au Panthéon ?
SYMBOLE| Nicolas Sarkozy désire faire reposer le philosophe aux côtés de Victor Hugo et d'André Malraux.
Lionel Chiuch | La Tribune de Genève, 20.11.2009
« La politique sarkozyste est anti-camusienne au possible, du bouclier fiscal aux copinages du Fouquet's, en passant par la fréquentation de tous les tyrans de la planète ».
Sur le site du Nouvel'Obs, l'universitaire Jean-Yves Guérin ne mâche pas ses mots. Il n'est pas le seul à voir dans la volonté de Nicolas Sarkozy de faire entrer Camus au Panthéon une forme de récupération. Le philosophe Michel Onfray s'en est aussi ému, qui considère l'auteur de L'Etranger comme un « libertaire irrécupérable ».
Il y a tout juste deux ans, le président français organisait un déjeuner à l'Elysée en compagnie d'Antoine Gallimard et de Catherine Camus (la fille de l'écrivain). C'est peut-être lors de cette rencontre que le projet a commencé à germer. Il s'est affirmé hier, lorsque Nicolas Sarkozy a déclaré que « faire entrer Albert Camus au Panthéon » serait « un symbole extraordinaire ». « La décision n'est pas encore prise, a-t-il précisé, mais j'ai pensé que ce serait un choix particulièrement pertinent ».
Pertinent, certes, au regard du calendrier - Camus s'est tué il y a bientôt un demi-siècle - et de la stature du personnage. En revanche, on peut s'interroger sur la part d'opportunisme et de calcul politique qui intervient dans l'affaire. Difficile de trouver des valeurs aussi divergentes que celles défendues par les deux hommes.
En 1957, recevant le Prix Nobel de littérature, Camus affirmait que l'écrivain « ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent ». Deux ans plus tard, il notait dans ses carnets : « Cette gauche dont je fais partie, malgré moi et malgré elle ».
C'est malgré lui, une fois encore, qu'il lui faudra peut-être devenir l'alibi « intellectuel » d'un homme de droite.
C'est la dernière tocade de Nicolas Sarkozy. « Faire entrer Albert Camus au Panthéon, ce serait un symbole extraordinaire », a lancé le chef de l'Etat, depuis Bruxelles. Un symbole ? Non, une profanation !
Comment imaginer enfermer l'auteur de Noces à Paris, lui qui écrivait que « des cités comme Paris, Prague, et même Florence sont refermées sur elles-mêmes et limitent ainsi le monde qui leur est propre » [1] ? Il aimait le soleil, les horizons ouverts, les biens naturels... Il voulait être enterré à Lourmarin, où cet enfant élevé dans la pauvreté et l'humilité, avait acquis une maison avec l'argent de son prix Nobel. Il repose dans le cimetière de ce village provençal, sous une tombe toute simple, couverte de laurier et de romarin.
C'est pourtant à cette dernière demeure baignée de soleil, que Nicolas Sarkozy voudrait l'enlever pour l'emmurer à l'ombre de la crypte sinistre de l'ancienne église dédiée à Sainte-Geneviève ? Une pareille faute de goût n'est pas surprenante de la part de notre président Bling-bling. Ce n'en serait pas moins une profanation.
Cette panthéonisation n'est pas seulement une hérésie au regard d'un homme qui, de son vivant, « s'était toujours tenu à l'écart des salons et des gloires littéraires, des récompenses et des décorations » et avait refusé « de se laisser transformer en statue » [2]. Cette récupération politique de Camus par Sarkozy, qui vient après l'annexion par Jean-Claude Gaudin de l'auteur de L'Homme révolté pour en faire la « figure tutélaire » de Marseille capitale européenne de la culture en 2013, est franchement obscène. Ni comme écrivain, ni comme philosophe, ni comme journaliste, Albert Camus ne peut être revendiqué par l'UMP.
Dans sa jeunesse, il considérait que « la politique et le sort des hommes sont formés par des hommes sans idéal et sans grandeur » [3]. Distant à l'égard des politiques, il « n'a jamais appelé à voter que pour Mendès-France », indique Jeanyves Guérin, qui vient de publier un Dictionnaire Albert Camus (Robert Laffont) et « a refusé de déjeuner à l'Elysée avec de Gaulle. Comment y serait-il allé pour rencontrer Nicolas Sarkozy ? »
« Camus a critiqué très puissamment le capitalisme, le libéralisme, le marché faisant la loi, la déshumanisation de toute politique qui, à gauche comme à droite, n'avait pas le souci conjoint de la justice et de la liberté », rappelle Michel Onfray qui le définit comme un « libertaire irrécupérable ». Son antitotalitarisme peut séduire la droite, mais à condition d'occulter qu'il dénonçait tous les totalitarismes, ce qui en fait l'exact contraire des « nouveaux philosophes » (médiatiques) genre BHL ou Glucksmann.
Dans une belle tribune publiée l'été dernier dans Libération, l'écrivain et éditeur Jean-Pierre Barou, insistait lui aussi sur les amitiés libertaires de Camus : Bakounine, le père de l'anarchie hantait son cœur. C'est à la revue anarcho-syndicaliste Arbetarem, de Stockholm, qu'il accorda sa première interview après son Nobel. Et c'est à l'organe libertaire de Buenos Aires, Reconstruir, qu'il donna son tout dernier entretien.
Camus n'a pas besoin d'être au Panthéon pour que son oeuvre continue à vivre. Et Jeanyves Guérin a raison de penser que l'idée lui aurait déplu. « Ceux qui prétendent tout savoir et tout régler finissent par tout tuer », écrivait-il à Emmanuel D'Astier de la Vigerie, en 1948 [4]. La leçon vaut pour Nicolas Sarkozy.
Qu'il le laisse donc à Lourmarin !
Notes
[1] Albert Camus, Essais, Pléiade, ed. 1965, p.67.
[2] Herbert R. Lottman, Albert Camus, Seuil, 1978, p.13.
"Il faut garder Camus vivant. Il permet de réfléchir"
LE MONDE | 20.11.09 | 13h41 • Mis à jour le 20.11.09 |
Avant le cinquantenaire de la mort d'Albert Camus, en janvier 2010, on publie un "Dictionnaire", dirigé par Jean-Yves Guérin, dans la collection "Bouquins" (992 p., 30 euros) et "Les Derniers Jours de la vie d'Albert Camus", de José Lenzini (Actes Sud, 144 p., 16,50 euros). L'écrivain est devenu une sorte d'icône. Vous qui avez été son biographe, comment l'expliquez-vous ?
On le mythifie dans un rôle de belle âme. Ce qu'il fut, à son honneur. Pour moi et pour ce Dictionnaire, fouillé, pas hagiographique, fondé sur une idée essentielle, Camus fut d'abord un écrivain, un artiste, un artisan, beaucoup plus qu'un philosophe dans la série Platon, Kant, Sartre, Wittgenstein. Un temps, il a tenté d'exprimer une philosophie à la française, très littéraire. Il en est revenu. Très tôt, il a dit "Je ne suis pas existentialiste" et admis très tard qu'il n'était pas philosophe. Tant mieux.
Il ne laissera pas une trace dans la philosophie conçue comme un savoir totalisant. Sa conception de l'absurde ne tient pas la route. Pour lui, c'est presque une substance entre l'homme angoissé et le monde irrationnel - le monde n'est ni absurde ni noir ou rose : il est. L'absurde, n'est-ce pas d'abord la contingence ? Il fut un penseur politique agissant à coups d'intuitions en se fondant sur son expérience.
Né en Algérie et Algérois, il venait d'une famille de pieds-noirs modestes. Il savait, lui, ce qu'étaient le prolétariat et la pauvreté. Camus n'est pas un visionnaire face aux événements mondiaux mais il se révèle bon analyste sur le moment.
Ce qui a cours désormais est que Camus a toujours eu raison et que Sartre s'est toujours trompé.
Camus est mort en 1960. On ne sait pas comment il aurait réagi aux événements, le Vietnam par exemple, sur lequel Sartre s'est prononcé plutôt vite. Camus, comme beaucoup d'intellectuels français, n'entendait rien à l'économie. Ce fut un homme honnête politiquement, même quand il avait tort à propos de l'Algérie et raison face au communisme. Il faut connaître toute sa vie politique pour le comprendre.
Jeune, excellent journaliste à Alger républicain, avant la guerre, il dénonça la misère en Kabylie. Prodigieux reporter, plus attachant que l'éditorialiste qu'il sera à Combat ou à L'Express - point de vue très personnel, je le reconnais. Il a adhéré au Parti communiste algérien en 1934 et s'en est séparé parce qu'il ne défendait pas assez les nationalistes algériens. Son silence au sujet de son adhésion m'a laissé perplexe. Quand il nia, en 1945, avoir été communiste, il était en instance de départ pour les Etats-Unis. Alors, les Américains n'accordaient pas de visas aux membres du Parti communiste. Péché véniel pour un homme qui haïssait le mensonge.
Revenons à l'Algérie. Il fut le seul, dans la presse française, en 1945, à dénoncer dans Combat la répression colonialiste à Sétif et Guelma - pour L'Humanité, des "émeutes réactionnaires". Seul aussi à rédiger un papier fulgurant sur la bombe atomique. Pendant la guerre d'Algérie - il l'appela "guerre", pas "opération de police" -, Camus fut déchiré et solitaire. Il refusait l'idée d'indépendance algérienne. Le grand dérapage fut la fameuse et maladroite phrase, peu logique, à Stockholm, après sa nobélisation, en 1957 : "Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice."Le Monde la publia hors contexte. Beuve-Méry avait prédit : "A Stockholm, Camus ne dira que des conneries..."
Sur Sartre et Camus, il faut aussi revenir au contexte quant à la querelle des Temps modernes à propos de L'Homme révolté. C'est un monument anthologique de l'histoire littéraire, pas de l'histoire politique. A part une cinquantaine de pages sur le communisme et un Marx messianique, je n'aime pas ce livre, mélange de littérature, de politique, de philosophie, de Rimbaud, de Breton... Une partie de L'Homme révolté avait été publiée dans Les Temps modernes. Naïf, Camus s'attendait à une bonne critique. Il rencontre Sartre qui le prévient : il y aura des réserves. Abasourdi, Camus découvre un éreintement de Francis Jeanson.
Dans ses Mémoires, Simone de Beauvoir affirme que Sartre avait pourtant appelé à une certaine modération. Camus, blessé et assez hidalgo, commence son article réponse par "M. le Directeur", ce qui exaspère Sartre. Camus se défend plutôt bien mais la rupture est consommée. Simone de Beauvoir, en 1954, dans Les Mandarins, fait de Camus un personnage répugnant, collabo même.
Toute sa vie, Camus a été un homme du doute, incertain de son talent. Sartre, lui, croyait en son génie. Politiquement - aujourd'hui, c'est facile -, je suis plus proche de Camus. J'aimerais aussi qu'on se souvienne que Sartre, crypto-communiste, ne s'est pas toujours trompé. Par exemple, sur Israël et les Palestiniens, sur le Biafra. Il faut cesser de dire qu'il nous a trompés. On s'est trompé avec lui. J'ai de l'admiration pour Camus et je garde de l'affection pour Sartre. J'ai toujours aimé leurs livres.
J'avais 19 ans lorsque j'ai connu Sartre, en 1948. Il a eu la gentillesse de me voir assez souvent. J'ai rencontré l'oeuvre de Camus. Pas l'homme. J'ai été frappé par le côté direct et simple de Sartre. Je n'ai pas l'impression que Camus ait été simple. Trop déchiré. On insiste maintenant sur la nécro de Sartre, dans France-Observateur, à la mort de Camus, sur le "Nous étions brouillés... une autre façon de vivre ensemble." Beau sartrisme ! Les rapports Camus-Sartre ont été asymétriques. De copinage, de connivence, de fiestas. Pas d'amitié.
Ils eurent une attitude fort différente face à l'action. Camus appartint à la Résistance active. Sartre, non. Les rapports écrits, imprimés, de Sartre et de Camus finissent comme ils ont commencé. Ils s'ouvrent sur un article de Sartre en 1942 : "Explication de "L'Etranger"". L'agrégé accorde un 21/20 à Camus écrivain et un 7/20 à Camus philosophe - licencié.
C'est précisément ce que Sartre refait dans la querelle des Temps modernes. Avec Jeanson, il reproche à Camus d'être incapable de lire L'Etre et le Néant. Ses personnages sont "métaphysiques". Il y avait pourtant eu, dans Les Temps modernes, deux articles plus que laudatifs sur les héros de La Peste - livre que je n'aime guère.
Que préférez-vous dans l'oeuvre de Camus ?
L'Etranger. Noces, pour son côté lyrique pur sans grandiloquence. Et, avant tout, La Chute. J'interrogeais souvent Sartre sur les livres de Camus. Il préférait La Chute, "parce qu'il s'y est mis et caché tout entier".
Et l'oeuvre de Sartre ?
Lui aussi est, pour moi, d'abord un écrivain. Même s'il se prenait surtout pour un philosophe dévoilant le monde dans sa totalité. J'aime La Nausée et ses nouvelles. Surtout, L'Enfance d'un chef. Autrefois, je détestais Les Chemins de la liberté. A reconsidérer. Par-dessus tout, Les Mots, un diamant noir, contrepoint à La Chute. Dans Situations, il y a des choses extraordinaires sur l'engagement et un fatras politico-dialectique. Huis clos que j'ai vu sous l'Occupation.
Que pensez-vous des rapports de Camus et de Malraux ?
Très importants. Asymétriques aussi. Leur correspondance est fascinante. Camus est un petit jeune homme inconnu et ils s'écrivent d'égal à égal. C'est grâce à Pascal Pia et Malraux que L'Etranger fut publié. Malraux n'a jamais parlé de l'oeuvre de Camus, je crois. Quand Camus reçoit le Nobel, il dit : "C'est Malraux qui aurait dû l'avoir..."
Dans les rapports d'homme à homme de Camus se profile sans cesse l'ombre du père qu'il n'a pas connu : Jean Grenier, Malraux, Sartre, René Char - encore qu'avec ce dernier il y avait une amitié un peu solennelle, à en juger par les lettres échangées. Puisque je parle de documents, il faut dire qu'il y a encore beaucoup de choses inédites. Les correspondances avec certaines femmes importantes de la vie de Camus, dont Maria Casarès ou Mi, le dernier amour de Camus. Ces lettres-là ont été données à la Bibliothèques nationale.
Camus-Clamence, dans La Chute, reconnaît qu'il ne pouvait voir une jolie femme sans se retourner. Le voir comme une icône désincarnée n'est pas lui rendre hommage. Il faut le garder vivant dans sa complexité et ses contradictions.
Ces mois-ci, on s'apprête à rebarbouiller l'icône. Les prétoriens intellectuels récupérateurs de l'Elysée lancent la grande manoeuvre pour, figurez-vous, je vous le jure, le "panthéoniser" ! Camus n'est ni exemplaire ni édifiant. Il permet de réfléchir. Qu'on le lise au lieu de débiter des généralités sans comprendre son parcours. J'aime sa réponse dans une de ses toutes dernières interviews. On lui demandait : "M. Camus, appartenez-vous encore à la gauche ?""Oui, malgré elle et malgré moi." D'actualité, non ?
« S'il est une personnalité qui mériterait de reposer au Panthéon, c'est bien l'écrivain, le penseur, le citoyen qu'est Camus. Mais pas du Panthéon que nous connaissons, d'un Panthéon idéal où il rejoindrait non seulement Zola, Jaurès et Malraux, mais aussi de Gaulle, Mendès France, Manouchian, Baudelaire, Proust, Beckett...
Camus avait choisi d'être enterré à Lourmarin, dans le village qui l'avait accueilli, loin de Paris, de ses palais et de ses élites. Qu'on l'y laisse.
L'idée lui aurait sans doute déplu. L'initiative, de toute façon, est lancée trop tôt ou trop tard. On l'imagine lancée par Mendès France, Rocard ou Jospin qui, mieux que Sarkozy, méritaient de présider aux destinées de la France. Imagine-t-on Sarkozy lisant un discours à la gloire de Camus rédigé par Guaino...
Sarkozy est l'ami de Bush, Kadhafi, Poutine, Berlusconi. Sa politique est aux antipodes des valeurs et conceptions que défend Camus. Au lieu de gesticuler, qu'il supprime le bouclier fiscal, qu'il s'excuse publiquement de ses insultes aux universitaires, qu'il vide Hortefeux et qu'il s'impose une cure de discrétion médiatique. »
Les grands écrivains ont beau n'appartenir à personne, et être d'ennuyeuses personnes qui ne respectent ni devoir de réserve ni cohésion nationale, arrive toujours un moment où les politiques s'aperçoivent qu'ils ont besoin d'eux. « Ce serait un symbole extraordinaire » de « faire entrer Albert Camus au Panthéon », a dit hier Nicolas Sarkozy à Bruxelles.
« La décision n'est pas encore prise », a-t-il précisé, mais puisque l'on va commémorer en 2010 le 50e anniversaire de sa disparition, « j'ai pensé que ce serait un choix particulièrement pertinent (...). Dans cet esprit, j'ai déjà pris contact avec les membres de sa famille, j'ai besoin de leur accord ».
On ne sait pas encore exactement de quoi cette panthéonisation serait « un symbole extraordinaire ». Mais les amateurs d'ouverture apprécieront cette volonté d'en afficher en toutes choses, de la part d'un homme qui, il y a deux ans déjà, avait cru pouvoir vanter le « non-conformisme de Camus par rapport aux élites » sans voir à quel point son propre pouvoir se trouvait contesté lui aussi par ce « non-conformisme »-là. Une chose est certaine, en tout cas : Michel Onfray a beau rappeler ici que l'auteur de « l'Homme révolté » est d'abord « un libertaire irrécupérable », le voilà devenu plus tendance que jamais. Après avoir été si longtemps méprisé en France, à gauche comme à droite, le voilà métamorphosé en une icône bien pratique, comme on l'observe dans le numéro « Spécial Camus » du « Nouvel Observateur » paru ce jeudi.
Il n'était pas encore question de Panthéon pendant la préparation de ce dossier, mais déjà, l'universitaire Jeanyves Guérin, sous la direction duquel vient d'être publié un remarquable « Dictionnaire Albert Camus », avait mis en garde contre toutes les récupérations qui menacent l'héritage littéraire et intellectuel de ce franc-tireur : « Celle de Camus par Sarkozy est idiote et scandaleuse. La politique sarkozyste est anti-camusienne au possible, du bouclier fiscal aux copinages du Fouquet's, en passant par la fréquentation de tous les tyrans de la planète.
Camus, qui n'a jamais appelé à voter que pour Mendès-France, n'aimait pas fréquenter les hommes politiques, qu'il considérait comme "des hommes sans idéal et sans grandeur" : "Combat" ne leur a jamais donné une tribune, et lui-même a refusé de déjeuner à l'Elysée avec de Gaulle. Comment y serait-il allé pour rencontrer Nicolas Sarkozy ?»
Reste heureusement le football, ce trait d'union essentiel entre le président de la République et l'auteur de « l'Etranger » : « Ce que je sais de la morale, disait modestement Camus, c'est au football que je le dois » ; après avoir assisté mercredi soir au coup de main de Thierry Henry, Nicolas Sarkozy a eu cette belle formule : « l'essentiel est de s'être qualifié ».
Aujourd’hui, 9 décembre 2009, journée nationale de la LAÏCITÉ, les organisations soussignées réaffirment que :
La LAÏCITÉ est le meilleur garant de la paix civile.
Elle seule permet aux citoyens le VIVRE ENSEMBLE AU QUOTIDIEN
Elle seule permet aux citoyens d’être EGAUX DEVANT LA LOI ET DEVANT LA JUSTICE (il faut, bien sûr, que la loi républicaine coiffe les lois et les coutumes religieuses)
La LAÏCITÉ c’est la liberté de conscience
La LAÏCITÉ c’est la liberté d’opinion
La LAÏCITÉ c’est l’égalité
La LAÏCITÉ c’est l’échec du communautarisme (il ne peut y avoir de justice communautaire)
La LAÏCITÉ c’est l’échec de tous les intégrismes
La LAÏCITÉ c’est une chance pour l’Europe
La LAÏCITÉ c’est la CITOYENNETÉ
La LAÏCITÉ c’est l’accès pour tous à la Connaissance
La LAÏCITÉ c’est l’égalité Hommes – Femmes
La LAÏCITÉ c’est l’échec au racisme
LA LAÏCITÉ C’EST LA FRATERNITÉ
Pour les organisations soussignées, aucun adjectif ne peut être accolé au mot LAÏCITÉ
La loi de 1905, dite Loi de séparation des Eglises et de l’Etat, est une bonne loi, il faut la préserver et en aucun cas l’aménager ou la modifier.
Elle a permis cette neutralité qui interdit tout port de signe apparent, toute extériorisation, toute exhibition de signes ou de comportements religieux dans la sphère publique.
Seule la LAÏCITÉ permet la liberté de croire ou de ne pas croire et le droit de changer d’avis, de conviction ou de philosophie.
La LAÏCITÉ est le garant de nos principes républicains LIBERTÉ-EGALITÉ-FRATERNITÉ
LES ORGANISATIONS SOUSSIGNÉES DEMANDENT AUX POUVOIRS PUBLICS
QUE LA JOURNEE NATIONALE DE LA LAÏCITÉ TROUVE SA PLACE LE 9 DÉCEMBRE DE CHAQUE ANNÉE
- Grand Orient de France
- CNPL (Commission Nationale Permanente de la Laïcité)
Si la vidéo ne s'affiche pas, cliquer sur "lien permanent"
Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours :
Le vrai visage du capitalisme français
La Découverte, 05/11/2009 720 p ISBN : 9782707157645
Par Frédéric CHARPIER, Benoît COLLOMBAT, Martine ORANGE, David SERVENAY, Erwan SEZNEC
De la Seconde Guerre mondiale à la crise financière de 2008-2009, chacun croit connaître l’histoire de l’économie française. Mais derrière l’histoire officielle des manuels scolaires, s’en cache une autre, secrète : elle met en scène les hommes qui ont réellement façonné le capitalisme français. C’est cette saga que racontent dans ce livre cinq journalistes d’investigation. Elle plonge le lecteur dans les arcanes d’un véritable « système » né dans l’après-guerre et qui, malgré ses mutations, marque encore aujourd’hui la machine patronale. Du recyclage des anciens cadres de Vichy dans la reconstruction jusqu’aux caisses noires des syndicats patronaux, en passant par le financement secret des partis politiques ou les graves dérives du paritarisme, on découvre le rôle central de personnages aussi puissants que discrets, de Georges Albertini, éminence grise du patronat liée à l’extrême droite dans les années 1950, ou les « conseillers du prince » qui ont influencé les choix économiques des présidents successifs de la Ve République. On découvre aussi les efficaces lobbyistes d’un patronat capable de se tailler des réglementations sur mesure au mépris de la santé des citoyens. Et qui a su s’appuyer sur des intellectuels et des grands médias pour convertir les élites politiques aux « mérites » de la finance dérégulée.
Cette somme brosse le vrai portrait de nombreux patrons, révèle les bonnes affaires des uns dans la « Françafric », les juteuses opérations des autres dans l’immobilier ou l’industrie. On découvre comment se sont vraiment faites la plupart des grandes fortunes françaises, celles d’hier et d’aujourd’hui : subventions extorquées à État, entreprises publiques bradées, rachats de sociétés dans des conditions plus qu’obscures, montages financiers aux marges de la légalité, fraude fiscale, espionnage, coups fourrés, etc.
La légende de patrons conquérants, prenant tous les risques pour faire leur fortune à la force du poignet, sort sérieusement écornée de ce magistral livre-enquête.
Le vrai visage du capitalisme français En librairie le 5 novembre 2009
Des Trente Glorieuses à la crise financière de 2008, en passant par le choc pétrolier de 1979, les nationalisations de 1981 et les privatisations de 1986 : telles sont les grandes étapes de l’histoire de l’économie française depuis 1945. Mais, derrière cette histoire officielle sans visage, celle des manuels scolaires s’en cache une autre, secrète, qui met en scène les hommes qui ont réellement fait et défait le capitalisme français de l’après-guerre. C’est cette histoire que raconte ce livre emmené par cinq journalistes d’investigation : le rôle des anciens cadres de Vichy dans la Reconstruction, les liens du patronat avec le monde de la pègre, le financement secret des partis politiques, les dessous du paritarisme, les caisses noires des syndicats patronaux. Il plonge le lecteur dans les arcanes d’un véritable « système » né dans l’après-guerre et qui s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui…
Toute l'actualité de l'histoire par Passion-Histoire.net
2 novembre 2009
De la Seconde Guerre mondiale à la crise financière de 2008-2009, chacun croit plus ou moins connaître l’histoire de l’économie française. Mais derrière l’histoire officielle des manuels scolaires s’en cache une autre, secrète : elle met en scène les hommes qui ont réellement façonné le capitalisme français. C’est cette saga que racontent dans ce livre cinq journalistes d’investigation.
Elle plonge le lecteur dans les arcanes d’un véritable « système » né dans l’après-guerre et qui, malgré ses mutations, marque encore aujourd’hui la machine patronale. Du recyclage des anciens cadres de Vichy dans la reconstruction jusqu’aux caisses noires des syndicats patronaux, en passant par le financement secret des partis politiques ou les graves dérives du paritarisme, on découvre le rôle central de personnages aussi puissants que discrets, de Georges Albertini, éminence grise du patronat liée à l’extrême droite dans les années 1950, ou les « conseillers du prince » qui ont influencé les choix économiques des présidents successifs de la Ve République.
On découvre aussi les efficaces lobbyistes d’un patronat capable de se tailler des réglementations sur mesure au mépris de la santé des citoyens. Et qui a su s’appuyer sur des intellectuels et des grands médias pour convertir les élites politiques aux « mérites » de la finance dérégulée.
Cette somme brosse le vrai portrait de nombreux patrons, révèle les bonnes affaires des uns dans la « Françafric », les juteuses opérations des autres dans l’immobilier ou l’industrie. On découvre comment se sont vraiment faites la plupart des grandes fortunes françaises, celles d’hier et d’aujourd’hui : subventions extorquées à l’État, entreprises publiques bradées, rachats de sociétés dans des conditions plus qu’obscures, montages financiers aux marges de la légalité, fraude fiscale, espionnage, coups fourrés, etc.
La légende de patrons conquérants, prenant tous les risques pour faire leur fortune à la force du poignet, sort sérieusement écornée de ce magistral livre-enquête.
Table des matières
Introduction, par Benoît Collombat et David Servenay
« Moraliser le capitalisme » – Du compromis social de 1945 à l’« ère des tueurs » des années 2000.– Triches et connivences…
I / De la collaboration à l’anticommunisme, la reconstruction d’un système(1945-1968)
Les alliances du patronat et de l’État planificateur, par Frédéric Charpier
Des « comités d’organisation » de Vichy à la création du CNPF en 1946 – Nationalisations et planification : l’empreinte de Jean Monnet – Schizophrénie patronale – La « ruée vers l’Est » du patronat français – Une pluie de dollars pour le lobby colonial
La Cagoule, l’école du pouvoir, par Frédéric Charpier
Une société secrète, hyperhiérarchisée – L’étrange plasticage du patronat français – Dans les arsenaux de la Cagoule – L’ombre des hommes de Michelin – 1948 : le procès pour la forme des « cagoulards »
De la collaboration économique au recyclage des « collabos », par Frédéric Charpier
Havas, Crédit lyonnais, Pechiney, Ugine, Kuhlmann : une intense collaboration économique – La mansuétude des tribunaux à la Libération et les (rares) exceptions Renault et Gaz de Paris – D’Air France à L’Oréal, l’impunité à bon compte – L’empire Boussac : des affaires sous l’Occupation à l’aide du plan Marshall – Baudouin, Thomasson, Bousquet : les rescapés de l’épuration accueillis à la Banque de l’Indochine
Les patrons sous l’Occupation : guerre des mémoires et bataille des archives, par Benoît Collombat
Des sociétés mixtes au service des nazis – Quand l’UIMM réécrit sa propre histoire – Archives interdites ?
André Boutemy, le porteur de valises du patronat, par Benoît Collombat
De la Synarchie à l’énarchie, par Frédéric Charpier
La Banque Worms au cœur de la Synarchie – Le groupe « X-Crise » des années 1930, ou le rêve technocratique des polytechniciens – « L’Inspection des finances est aux finances ce que le grand état-major est à la guerre » – 1945 : l’ENA, moule de la formation des élites
L’histoire secrète des grèves de 1947-1948, par Frédéric Charpier
La révolte sociale gronde – Novembre 1947 : grève générale et répression – Le défi lancé aux « gueules noires »
Quand la CIA reconstruit l’économie française, par Frédéric Charpier
Préparer la scission de la CGT – Des hommes de main sur les docks – Les fonds secrets de Jean-Paul David – Le « plan Cloven » de la CIA : briser les reins du PCF – Un état-major anticommuniste, entre officiels et officines.
Georges Albertini, l’éminence grise de l’anticommunisme, par Benoît Collombat
1942 : « C’est la terreur qu’il faut mettre à l’ordre du jour » – Rescapé de l’épuration – Les « poupées russes » de la maison Albertini – L’« ami » de François Mitterrand
Groupe Bildeberg, Siècle et clubs anticommunistes : les discrets lieux de pouvoir de l’élite patronale, par Frédéric Charpier
1954 : la création du « groupe Bilderberg » – 1944 : naissance du Siècle, premier club de pouvoir – Bérard-Quélin, dit « BQ », l’entremetteur né – Le Centre des hautes études américaines : un club proaméricain soutenu par le patronat et l’Institut de France – 1954 : le CEPEC, un centre de propagande anticommuniste lié aux intérêts coloniaux
Les caisses de congés payés du BTP, la très discrète cagnotte patronale héritée de Vichy, par David Servenay
Un héritage de Vichy, dont les syndicats s’accommodent très bien – Un système parfaitement verrouillé et généreux – Les détournements organisés par la droite de cohabitation
Médecine du travail : détournements sur ordonnance, par Benoît Collombat
De Vichy aux années 2000 : comment la médecine du travail est devenue un lucratif marché… – Salaire illégal et 4X4 de luxe : les dérives des « services de santé au travail » – Quand le Medef se finance avec l’argent des cotisations – Hauts-de-Seine : la Direction du travail ferme les yeux sur les malversations
La très obscure histoire du 1 % logement, bétonnière à scandales, par Erwan Seznec
Années 1960 et 1970 : dérapages en série – Les casseroles du « 1 % », à droite comme à gauche – La « paix des braves » impossible entre Dewavrin et Parisot – La Foncière logement, paravent de la « mixité sociale »
– Les derniers scandales des années 2000, ou la fin pitoyable d’une grande idée
L’or noir de la République, par David Servenay
Le pétrole confié à un homme du renseignement – Le BRP : tête chercheuse du pétrole et du gaz. – Le temps de l’exploration… des colonies – Une décolonisation « sous contrôle » – Les « émirs de la République » tirent les ficelles en Afrique – La genèse des commissions occultes
André Tarallo, le Foccart du pétrole, par David Servenay
Une promo de l’ENA en Algérie, avec Chirac – Le « Monsieur Afrique » d’Elf dans l’armoire aux secrets – « Les commissions, c’était automatique, il fallait les verser » – Les déchirements de la bataille Balladur-Chirac
Marcel Dassault et les armes du pouvoir, par Martine Orange
Le compromis de 1949 – Un concubinage si profitable avec l’État – « Je les ai tous payés » – Une holding très secrète – L’État aux aguets
Sylvain Floirat : le dernier secret du milliardaire autodidacte, par Benoît Collombat
« Faut que ça fasse du gras ! » – « Opération X » sur le trafic d’opium – Les confidences d’Aussaresses
La CGE d’Ambroise Roux, archétype du « champion national », par Martine Orange
La CGE passe à côté du nucléaire – La reconstruction de l’empire – Ambroise Roux, un pompidolien grand teint – 1968 : le « Yalta des télécommunications » entre Thomson-CSF et la CGE – Bras de fer avec l’État.– Un « capitalisme sans capitaux »
Gérard Mulliez, l’empereur secret de la grande distribution, par David Servenay
En 1955, la famille Mulliez organise le pacte « Tous dans tout » – Le secret du succès ? Un gourou de la distribution rencontré aux États-Unis – Pour vivre heureux, restons cachés
Les milliardaires des Trente Glorieuses : Bouygues, Leclerc et les autres…, par Martine Orange
Bras de fer en Île-de-France – Bouygues, entrepreneur de toutes les audaces – Les investissements politiques de Francis Bouygues dans la France gaulliste – Grande distribution : l’invention du système Leclerc – Et l’hypermarché apparut : Carrefour, Casino, Cora, Promodès…
Quand le patronat organisait l’immigration clandestine, par Erwan Seznec
1970 : Francis Bouygues plaide pour le regroupement familial – Un racisme tranquillement assumé – Des Marocains syndiqués dénoncés à la police marocaine – Le tournant de la circulaire Fontanet-Marcellin de 1972
II / L’émancipation sauvage du capitalisme français (1969-1981)
Les années Pompidou et Giscard : les patrons reviennent (vraiment) aux commandes, par Benoît Collombat La reconquête des esprits – « Caisses noires » patronales et officines antigauchistes – L’État giscardien au service des grands patrons « libéraux » – Les « hiérarchies parallèles » du patronat – Recycler l’extrême droite, amadouer les socialistes
Georges Albertini, conseiller social occulte de Georges Pompidou, par Frédéric Charpier
« Contribuer à l’orientation de la politique syndicale dans un sens constructif » – « Ne plus faciliter le recrutement des contestataires parmi les jeunes ouvriers » – Faire de la publicité au « salaire indirect » – Comment « manœuvrer sur le terrain syndical »
Le pillage organisé de la formation professionnelle, par Benoît Collombat
2 millions d’euros en liquide dans un coffre – Cet argent servait à « arroser » ceux qui en savaient trop – Les étranges dépôts en liquide de la Caisse des dépôts – « C’est vraiment un système mafieux ! » Émile Boursier, l’homme de la caisse noire du patronat, par Frédéric Charpier
1936, la première caisse noire du patronat – La création de l’EPIM, un subtil équilibre des forces Lip, 1973 : la grande peur du patronat, par Benoît Collombat
« 480 à dégager » – « Le patron a besoin de toi. Tu n’as pas besoin de lui » – « Lip-la-lune » : l’offensive d’un patronat de choc – « Il faut tuer Lip ! » – « Chirac a tué Lip une deuxième fois » – « Un capitalisme dans lequel la finance a remplacé l’entreprise »
François Ceyrac, l’apparatchik du patronat, par David Servenay
Une jeunesse bourgeoise des années 1930 – Un spécialiste du dialogue social, libéral et proche de Delors
Les noires méthodes des « syndicats jaunes », par Benoît Collombat
Un encombrant passé… – L’œil bienveillant de la CIA – Noyauté par le SAC – Opération commando chez Peugeot – « Tu files droit ou je te casse ! »
Journaux bidons et media training : quand le patronat des années 1970 fait campagne, par Benoît Collombat
Avril 1974 : l’extrême droite au service du patronat pour l’opération France-Matin – Par millions d’exemplaires, les supports de l’offensive idéologique Made in CNPFde 1973-1974 – Alain Madelin dans le rôle du syndicaliste CGT : les media training du patronat
De l’extrême droite au patronat : Madelin, Devedjian, Longuet et les autres, par Frédéric Charpier
Les poulains de la « Maison Albertini » – Alain Madelin, un « élément prometteur » – Entre extrême droite et patronat, les réseaux de Guy Lemonnier – Jean-Jacques Guillet, un parcours singulier – Le recyclage des anciens d’Ordre nouveau – Le lent déclin de l’Institut d’histoire sociale
Les « patrons rouges » au cœur des rouages financiers du Parti communiste français, par Frédéric Charpier
Jean Jérôme, le financier occulte du PCF.– Empire immobilier et « trust » de la communication – Quand le Parti sert d’intermédiaire avec le « grand capital » – La Sorice et le Bérim, mamelles des industriels français
– « France-Navigation » : la cagnotte du Parti – Jean-Baptiste Doumeng : la success story du « milliardaire rouge
» Aimé Aubert, agent d’influence du CNPF, par Benoît Collombat
« Aubert a bien travaillé ! » – Des notes de synthèses dignes des RG
Les « barons voraces » du financement politique, par Erwan Seznec
Le scandale de la Garantie foncière : les coulisses de l’État UDR – Les dossiers explosifs de Gabriel Aranda – L’invention des bureaux d’études et de la communication politique « à l’américaine » – Grandes surfaces, petites enveloppes et « petits juges »
Aux origines des caisses noires du patronat, par David Servenay
Un secret bancaire bien gardé chez les élites – Le mystère des empires industriels coloniaux – Armes et pétrole : les deux mamelles des caisses noires – Les excédents d’Elf à l’assaut des paradis fiscaux – Les mécanismes du protocole Guillaumat
Quand François Duprat faisait trembler le patronat, par Benoît Collombat
Nom de code : « Hudson » – « Révéler l’action secrète d’Albertini » – « Comment certaines “éminences grises” disposent de moyens de pression exorbitants » – Les archives virulentes des Cahiers européens – La rencontre Duprat-Albertini
Quand les syndicats verts font la loi dans les campagnes françaises, par Erwan Seznec
L’alliance inattendue des années 1950 entre le gaullisme et la FNSEA – La naissance des émeutiers entrepreneurs – La cogestion avec le pouvoir : du redécoupage du territoire à l’action « coup-de-poing » – Des spécialistes de la gestion de crise : l’hégémonie de la FNSEA – Les années 1970 : un ami nommé Jacques Chirac – 1975 : l’invention des « cotisations volontaires obligatoires » au profit exclusif de la FNSEA – Une justice clémente avec les barons du syndicalisme agricole – La gauche, entre peur et résignation
Les bonnes affaires immobilières de La Défense, par David Servenay
Le Yalta de la banlieue parisienne – L’EPAD, un chantier public quadruplé – Christian Pellerin, le « roi de La Défense » défait par les pots-de-vin de la Tour BP – L’affaire des mètres carrés fantômes et le plan Sarkozy
L’État au secours des patrons en faillite : du sauvetage des Wendel à la bonne fortune de Bernard Arnault, par Martine Orange
Fortune d’acier – Un secteur stratégique… sous assistance de l’État – Années 1970 : l’État au secours des Wendel – La chute de l’empire Boussac et l’ascension des frères Willot – La fin des Willot à l’origine de la fortune de… Bernard Arnault
III / Le socialisme patronal (1981-1987)
La revanche des patrons, par Martine Orange
Panique à bord ! – Le choc des nationalisations – Yvon Gattaz, paria du CNPF – Sous la férule d’Ambroise Roux – Le temps de la restauration
« Au secours, la gauche arrive ! » : mai 1981 ou le cauchemar du patronat , par Frédéric Charpier
La valse des sondages contradictoires, euphorisants pour la Bourse, déprimants pour les patrons – Les ravages de la rumeur : stockage de sucre et fuite des capitaux
1981-1986 : la guerre des deux Yvon à la tête du CNPF, par Martine Orange
Manœuvres en coulisse – Le retour de la droite en ligne de mire.
Jacques Attali : dans les affaires du Prince, prince des « affaires », par Benoît Collombat L’élève de Raymond Barre – Convertir la gauche au néolibéralisme – Microcrédit, maxiprofits – Au secours des « champions de la finance »
La Fondation Saint-Simon, les habits de gauche du néolibéralisme, par Erwan Seznec
Le précédent du Club Jean Moulin – Jeter des ponts entre deux mondes – Les énarques au sommet, la presse à leur service – Une certaine conception de l’élite – Les « idiots utiles » du libéralisme « Vive la crise ! » : l’Évangile des apôtres de la rigueur, par Benoît Collombat
Une nouvelle race de samouraï
Alain Minc, marchand d’affaires et d’idéologie, par Erwan Seznec
Le conflit d’intérêt comme mode de fonctionnement
CFDT : des petits arrangements avec le paritarisme à la nouvelle alliance avec le patronat , par Erwan Seznec
Un « syndicalisme d’appareil »… financièrement dépendant – Le jeu dangereux du paritarisme – La « chasse aux rouges » de 1988 et l’arrivée de Nicole Notat – Le « grand tournant » de 1995 et les vagues de départ de 2003
Bernard Tapie, symbole d’un système secret d’enrichissement « made in Crédit lyonnais », par Martine Orange
Aux origines d’une fortune : Manufrance 1980, grâce au Crédit Lyonnais – Avec Jean-Louis Borloo, un système industrialisé – L’homme des socialistes – Tous profitent… – Tapie condamné pour l’exemple Le handicap, pompe à finance des organisations professionnelles , par Erwan Seznec
Une bien riche association… – Des permanents du Medef rémunérés sur les fonds du handicap – Une machine qui tourne à vide, mais pas pour tous… – Après l’Agefiph, le Fiphfp…
PS et RPR à l’heure des privatisations des années 1980 : grandes manœuvres et petits arrangements, par Erwan Seznec
Des privatisations lancées par… la gauche à la grande braderie de la droite – Des maçons au service de maçons – De Havas aux « noyaux durs » – Les juteuses affaires de la privatisation des ondes – Où est passé l’argent des privatisations ?
Baudrecroux, Bouygues, Hersant, Rousselet : à l’assaut de l’audiovisuel dérégulé, par David Servenay Les promesses des cent dix propositions.– NRJ ou la guerre des ondes dans la rue.– 1984-1986 : le lancement de Canal Plus, de La Cinq et de M6, oula naissance des « médiacrates ».– 1987 : Bouygues met la main sur la « pompe à pub » TF1.– TF1, chaîne balladurienne, chiraquienne puis sarkozyste…– Quand l’info devient une machine à Scuds politiques
Le « groupe Ampère », ou la tentative avortée de reconquête catholique des esprits dans les années 1980, par Erwan Seznec
Avec le soutien de François Michelin et Claude Bébéar – Astérix, Lucky Luke et les Schtroumpfs dans l’escarcelle de Média-Participations – La « toile d’araignée des cathos de droite »
Quand les francs-maçons font des affaires, par Frédéric Charpier
Les sombres affaires des « frères lumière » – La saga de la SAGES – Les « frères » patrons, une tradition maçonnique – Bouygues dans la tourmente des affaires d’« initiés » – Le juteux marché de la Très Grande Bibliothèque pour Bouygues
L’industrie pharmaceutique, école du lobbying, par David Servenay
L’industrie la plus rentable du monde – Le contrôle de la recherche et de l’expertise – Le marketing ? Former et mobiliser les prescripteurs – Une nouvelle maladie : la timidité – Infiltrer et recycler le monde politique – Dernière étape : un discret décret vers la publicité pour le médicament
IV / La mondialisation en marche (1988-1997)
Le triomphe du capitalisme financier, par Martine Orange
L’Amérique est à nous – La fin du rêve européen – Banquiers d’affaires, les nouveaux gourous – L’entreprise, simple objet – 15 % de rentabilité annuelle : le marché comme maître – La Chine, nouvel eldorado
Claude Bébéar, le parrain de la place, par Martine Orange
Un libéral à l’abri du monde mutualiste – Antigaulliste viscéral – Au cœur du pouvoir catholique – La conquête idéologique du patronat – La bagarre secrète entre Claude Bébéar et Michel Pébereau OPA sur l’école : l’éducation sous l’emprise de l’entreprise, par Benoît Collombat
Contre les « Khmers rouges » de l’Éducation nationale – Pianos-bars, vins fins et alcools à volonté – De l’argent liquide au Conseil supérieur de l’enseignement – Quand «les boss invitent les profs » La contre-révolution de la communication patronale, par Benoît Collombat
L’affaire Mittal/Arcelor : la guerre secrète des communicants – Méaux et Calzaroni, les « faiseurs de rois » – Sous le signe de l’extrême droite, de la « bande à Léo » et du patronat – La « révélation » du colonel Michel Frois – « Pour se servir de la presse, il faut d’abord la servir » – Du choc de Suez en 1956 à l’électrochoc de Mai 68 – Jeux télévisés et Shadocks au service de l’entreprise – Les larmes très télégéniques d’un patron
Lagardère, le protégé du pouvoir, par Martine Orange
1987 : le camouflet de la privatisation perdue de TF1 – Un jeune homme pressé.– L’art de plaire à l’Élysée – Traitement particulier pour Matra – La faillite de La Cinq et le tour de passe-passe autour de Matra et Hachette – Opération « Couper les ailes de l’oiseau » – Main basse sur Airbus
BCCI, Crédit lyonnais, Pechiney : l’explosion des affaires financières, par Frédéric Charpier
BCCI : la blanchisseuse des narcodollars – L’affaire du Crédit lyonnais : plus de 16 milliards d’euros de perte au frais du contribuable – L’échec européen de la lutte antiblanchiment – Les initiés de Pechiney De l’affaire Urba à la cassette Méry, ou l’art de racketter petits (et gros) patrons (consentants), par Frédéric Charpier
La pompe à fric Urba – Gérard Monate, ou la solitude du collecteur de fonds – Le Gifco, ou le trou noir financier du PCF – Les HLM de la Ville de Paris ou la vache à lait du RPR
Jérôme Monod, un chiraquien taille patron, par Frédéric Charpier
Dans l’ombre de Jacques Chirac – Entre les gouttes de l’affaire de la Lyonnaise des eaux – Un homme de réseaux
Nicolas Bazire, le pantoufleur de luxe, par David Servenay
Les « deux Nicolas » – Des commissions sur des contrats d’armements
SNCF, EDF, GDF, retraites complémentaires : la dérive des combines du paritarisme, par David Servenay
La belle idée du paritarisme à la française – La gestion très libérale de la CGT à la SNCF – EDF-GDF ou le trésor du premier CE de France – Le scandale oublié des caisses complémentaires de retraite – Une stratégie suicidaire pour les syndicats ?
La mortelle efficacité du Comité permanent amiante, par Erwan Seznec
Un puissant lobbying pour « filtrer l’information » – L’apathie des syndicats, l’aveuglement de la médecine du travail – Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante, bis repetita
Après nous, le déluge : les legs encombrants du patronat pollueur, par Erwan Seznec Des désastres parfaitement prévisibles – De la vallée de la mort de l’amiante à la mine d’or de Salsigne – Métaleurop, le dossier plombé – L’aveuglement de l’État.
V. L’ère des tueurs (1998-2009)
Le temps des néolibéraux : du CNPF au Medef, par David Servenay
L’arrivée des « tueurs » – Le statu quo patronat-syndicats des années Chirac – L’échec de l’autorégulation, le business de l’éthique – La triche, vade-mecum des affaires
Denis Kessler, le « tonton flingueur » du modèle français, par David Servenay
Marier risque et politique.– Une « refondation sociale » au profit…des patrons
La contre-révolution libérale, ou le démantèlement de l’État social, par Erwan Seznec
« Défaire méthodiquement » l’héritage du Conseil national de la Résistance – Attaque concertée sur l’assurance-maladie – Le « trou » de la Sécu rapporte – Les manœuvres du lobby des assureurs – Les espoirs déçus des biotechnologies – Toucher l’assurance-maladie pour couler l’assurance-vieillesse
Dominique Strauss-Kahn, l’ami des patrons, par Erwan Seznec
De Elf à l’affaire Genplus
Maurice Lévy, l’oracle du monde des affaires, par David Servenay
L’ascension d’un patron autodidacte.– Une fortune de millionnaire en euros – Derrière la pub, la communication de crise – DSK et l’ami du Cercle de l’industrie – La presse peu curieuse avec sa figure de proue
L’ascension et la chute de l’empire Vivendi, par Martine Orange
La Générale des eaux : une faillite annoncée – Un jeune homme bien sous tous rapports – Avec la bénédiction de l’establishment – Boulimie d’acquisitions – L’étrange jeu de Claude Bébéar – La seconde affaire Vivendi – Riches dépouilles
Le CAC 40 à l’Élysée : Nicolas Sarkozy et les grands patrons par Frédéric Charpier
Robert Hersant et Francis Bouygues : les grands parrains du jeune Nicolas – Antoine Bernheim, « parrain des affaires » de Nicolas Sarkozy – L’ami Bolloré, de la Seita au port de Lomé – De Paul Desmarais à Albert Frère : l’amitié des milliardaires
Stéphane Richard : le roi du conflit d’intérêt à Bercy, par Erwan Seznec
Veolia, la pouponnière des élus sans mandats, par Erwan Seznec
À l’école de la corruption – Des ex-Veolia dans tous les ministères qui comptent – Quand le PCF préfère le privé au service public – Des pratiques identiques chez Suez-Lyonnaise… – Conflits d’intérêt à Marseille, Nancy « ville Veolia » – Les élus, premiers responsables
Vincent Bolloré : de la France à fric à la Françafrique, par Benoît Collombat
Le « petit prince du cash flow » – L’empire médiatique d’un « patron éthique » De la COB à l’AMF, les faux gendarmes de la place financière, par Martine Orange Au nom de la place de Paris – L’affaire Rhodia : à peine née, l’AMF se décrédibilise – Dans les mains des banques – Guérilla permanente avec la justice
Intelligence économique : dans les coulisses d’une « sale guerre », par David Servenay Vraie ou fausse affaire Blackberry ? – Le précurseur : Kroll, premier réseau privé de renseignement mondial – Elf Aquitaine, un pionnier de l’intelligence économique – Susciter la concurrence et contrôler le milieu – Les confessions d’un « privé » retourné par la DST
Quand les opérateurs de téléphonie mobile jouent avec la santé publique, par Benoît Collombat 2009 : les antennes-relais dans le collimateur de la justice – EDF savait dès 1983 : le document qui accuse – Quand les industriels orchestrent le lobbying – Des expertises financées par l’industrie – Quand la recherche déplaît, on coupe les crédits – Des conseillers de Jospin sur la téléphonie mobile qui « pantouflent » chez les opérateurs
REACH : le toxique lobbying du patronat européen, par Benoît Collombat
Le règlement REACH : contrôler les substances chimiques dangereuses – En France, un bureau d’évaluation sous influence patronale – Avant REACH : l’histoire secrète d’Orfila – Un bien maigre bilan Les patrons en or des années 2000, par Martine Orange
Pendant la crise, les hausses continuent – Les patrons français juste derrière les Américains – Parce que je le vaux bien – Le comité de rémunération, centre nerveux du capitalisme à la française – Vinci, le triomphe de la cupidité – La technique du LBO, ou le jackpot patronal – Un comité des sages « pour l’autorégulation »
La revanche du capitalisme familial, par Erwan Seznec
La révolution des fonds d’investissement – Des leaders mondiaux inconnus – Des sous-traitants en or – De la chute de Bourgoin aux méthodes dures de Doux, roi de la volaille
Laurence Parisot, la dame de fer du Medef, par David Servenay
Seule contre tous ? – Jet privé, voitures de sport et coach à 300 000 euros
L’affaire de l’UIMM, ou le roman noir de la caisse noire, par Benoît Collombat
Laurence Parisot, « championne cachée des anti-UIMM » ? – Parisot en plein « secret de famille » – Tracfin sur la sellette – « Couper des têtes et avancer dans l’abandon du paritarisme » – La mascarade judiciaire Journalistes sous perfusion : l’impossible enquête économique dans la presse, par David Servenay
Quand les actionnaires imposent le principe de rentabilité du journaliste – « Conforama » aux petits soins avec les journalistes – « Mon entreprise ne publie pas ces chiffres » – Le Rafale critiqué, le budget publicitaire coupé – Quand une association de journalistes soutient Nicolas Sarkozy
Au cœur de la grande corruption internationale : Jean Caillet, un intermédiaire très discret, par David Servenay
Au départ, une banale enquête fiscale – Un expert du trading des matières premières – Son meilleur imprésario ? Un texte de loi international – Opacifier les flux financiers pour Total en Irak – Une enquête lente et limitée
Les groupes privés à l’assaut des services publics, par Martine Orange Autoroutes : partage entre amis – Les bonnes affaires du partenariat public-privé – Vive la crise, ou le démantèlement programmé des services publics
de biens jolis voyages pour un «système qui ne sert à rien»
par Carine Fouteau (13 Octobre 2009)
Après la suite du récit de l'escorteur, dont Mediapart a recueilli le témoignage. L'agent de la police aux frontières (PAF), employé à l'unité nationale d'escorte, de soutien et d'intervention (Unesi) basée à Rungis, détaille ses conditions de travail. Il a intégré ce service pour échapper à son affectation précédente, où il se faisait«caillasser»et où la«procédure judiciaire ne suivait pas». Mais aussi pour les«voyages».
Il raconte les «avantages» de son métier: aller«au bout du monde»et se retrouver«sur le bord d'une piscine avec un cocktail». Accumuler des miles sur sa carte flying blue ne l'empêche pas d'entrevoir les limites de sa mission qu'il juge«un peu absurde»et de s'indigner de la manière dont Nicolas Sarkozy«a fait sa carrière sur le dos des policiers». Primes en baisse, retraites«bousillées», mutations«bloquées», il regrette l'attitude de l'administration à l'égard de sa profession.
«On voit du pays»
Notre cycle de travail, c'est trois jours de travail, trois jours de repos, toute l'année. Si des vols sont programmés, on part. Il faut être tout le temps disponible. On nous dit: “demain, tu prends à 8 heures à Roissy ou Orly ou au Bourget”. Le Bourget, c'est là que sont les avions de la boîte, c'est-à-dire les avions que la police loue. Il y a un Beechcraft de 19 places et un Dash 8 d'une cinquantaine de places. Le Beech, on l'appelle le vomito, parce qu'il bouge beaucoup, y'a pas de toilettes, alors, quand c'est pour des familles, avec les enfants, faut prévoir. Mais l'avantage, c'est qu'on est maître à bord, c'est nous les stewards. À Roissy et Orly, on prend des avions de ligne, le plus souvent sur Air France.
Dans la plupart des cas, les missions se passent très bien, sans problème. Pour beaucoup de policiers, mon service, l'unité nationale d'escorte, de soutien et d'intervention, est l'un des meilleurs services de la police. On a quand même un boulot sympa parce qu'on voyage beaucoup, on fait la fête, on voit du pays, la liste d'attente est très longue! Quand je dis à mes ex-collègues que j'étais au bout du monde, sur le bord d'une piscine avec un cocktail... J'ai été partout, sur tous les continents. Il n'y a que la Bolivie, j'ai pas fait encore, je regrette. Comme on a des frais de mission un peu dérisoire, on essaie de récupérer les mémos pour avoir les miles. Certains personnels d'Air France, qui n'ont pas d'a priori trop négatifs sur la police, acceptent.
On est toujours bien habillés [les escorteurs sont en civils], on a un comportement respectueux, on est pas des cow-boys. Mais y'en a qui nous envoient balader. Ce n'est pas grave, on le fait sur internet, avec notre code. J'ai ma carte platinum, c'est une rare, celle-là, il y a quatre niveaux et celle-là c'est la plus élevée, je suis à 140.000 miles, ça fait pas mal de voyages.
«Ce travail, je sais très bien pourquoi je le fais»
Je ne me cache pas derrière les ordres. Ce travail, je sais très bien pourquoi je le fais, je n'ai pas honte. La première raison, c'était pour me barrer de mon précédent poste. Avant l'Unesi, j'étais dans un coin très dur, je me faisais caillasser, du coup, aujourd'hui, je me considère en vacances. Il y avait des mecs, on avait beau faire, des saloperies, la procédure judiciaire ne suivait pas, on les retrouvait dehors trois jours après les avoir arrêtés. Un fumeur de joint, ça passe. Mais les agresseurs sexuels qui ne sont jamais inquiétés... C'est pour ça que la plupart des collègues sont démotivés, c'est pour ça que je suis parti.
Ici, on a une excellente hiérarchie, ça y fait beaucoup. Les collègues sont des fêtards, personne se tire dans les pattes, on est content d'aller au boulot. En gros, on est là pour s'amuser. Moi, je suis là pour ça, il n'y a pas d'ambiguïtés. Après, qu'il y ait une législation sur les étrangers, c'est tout à fait normal. Quand on vient en France, on a des papiers, c'est tout. À partir de là, tout le monde est bienvenu. Forcer le passage, c'est pas tout à fait correct.
«La mission est un peu absurde»
Je suis bien conscient que ne pas avoir de papiers, c'est un délit mineur. La mission est un peu absurde. Que le système ne serve à rien, on le sait tous. La plupart des mecs qu'on reconduit sont des victimes, ça coûte cher de les faire partir et, en plus, la plupart vont revenir. Une fois, j'ai dû raccompagner un Tunisien uniquement parce que son visa était périmé depuis quinze jours. Les collègues étaient allés le chercher chez lui à 6 heures du matin. Quand même, ça ne se fait pas. Là, ce n'est pas les bons mecs qu'on ramène.
Je me souviens aussi d'un proxénète, il a pris deux ans de prison, il a fait un an avec une expulsion définitive, mais comme il avait une double nationalité, il pouvait revenir quand il voulait. Les retours volontaires, c'est n'importe quoi. Les Roumains, quand on les ramène, ils ont leur enveloppe avec la petite Marianne dessus. Ils partent avec plusieurs centaines d'euros en liquide dans la poche, comme ça, payés par la France. À un moment, ils parlaient de dissoudre notre service parce qu'on ne faisait pas assez partir les gens. On a eu des remontées de bretelles, il y a six mois, comme quoi on n'était pas assez efficaces. C'est officieux, on nous a dit: “Les gars, vous faites trop de refus”.
«Les objectifs chiffrés, c'est du vent»
On est gérés directement par la direction centrale de la PAF qui fait le grand écart entre le ministère de l'immigration et le ministère de l'intérieur. Le patron du pôle éloignement met la pression sur nos effectifs. Mais, moi, je ne la ressens pas. Il y a parfois des paroles malheureuses. Par exemple, un collègue a refusé une reconduite, le major lui a dit: “pourquoi, t'as peur?” Moi, quand je refuse, on me dit: “ah tu déconnes, tu aurais pas pu le faire partir quand même?” Mais je m'en fous, j'explique pourquoi, c'est tout.
Il y a des erreurs de procédure aussi. Les dossiers, administrativement, ne sont pas toujours carrés. Parfois, on se trompe de destination, c'est déjà arrivé. En fait, les objectifs chiffrés [26.000 en 2007, 27.000 en 2009], c'est du vent. Ils les gonflent, c'est électoraliste, on le sait très bien. On sait très bien qu'on ramène très peu de personnes. Des missions, s'il y en a une dizaine par jour, c'est un très bon jour. À l'ULE [unité locale d'éloignement - dans l'aéroport, où sont conduits les étrangers expulsés avant l'embarquement], il y a un grand tableau. Il y a quelques années, il était plein, ça inclut tout le monde, y compris ceux qui acceptent de partir tout seul. En ce moment, c'est mort, y'a vraiment pas de mission. On est tous en train de perdre nos cartes flying blue!
Ceux qui ressentent vraiment la pression, ce sont les collègues qui font des interpellations. Avant, ramener un étranger en situation irrégulière, c'était la honte, du temps perdu. Maintenant, ils ne font quasiment plus que ça. C'est facile, vous allez à Belleville, vous êtes sûrs d'en trouver et ça remplit les objectifs.
«L'administration nous traite comme des chiens»
En fait, je n'ai pas de problème avec mon service et avec mon boulot, mais avec l'administration qui nous traite comme des chiens, c'est partout pareil dans la police. Je gagne 1.900 euros net par mois, y compris la prime de risque, qui s'appelle chez nous la prime de sujétion police, 200 euros à peu près. Par rapport à ce qu'on fait, c'est que dalle. À cela s'ajoutent les frais de mission, ça dépend de la destination, de 9 euros pour Bamako jusqu'à 160 euros pour un pays du golfe persique. On est la police la moins bien payée d'Europe, de très très loin.
Jusqu'en 2006, l'Unesi était un service de rêve. Les frais de mission étaient 80% plus élevés, c'était super intéressant. Maintenant, ça a changé. Il n'y a plus d'heures de nuit. En plus, on est souvent rappelés sur les repos. Dans ce cas, on touche des heures sup, mais on ne peut pas toujours récupérer. À l'inverse, si je suis censé travailler mais qu'il n'y a pas de reconduite, ils nous prennent nos heures sup, alors que normalement c'est de l'astreinte. Car on est rappelable à toute heure, c'est-à-dire que si j'éteins mon téléphone, je me fais engueuler, donc je suis bloqué chez moi. Si on avait des syndicats dans la police, ça se saurait!
«Sarkozy, personne ne l'aime dans la police»
Mais je ne me plains pas, je suis volontaire pour le service. Avant, les collègues pouvaient poser des vacances et demander à repousser le billet de retour s'ils étaient sur une destination intéressante. Ça se faisait. Maintenant, ça ne se fait plus. C'est l'ère Sarkozy. Avec Sarkozy, ça ne déconne plus. Personne ne l'aime dans la police, à part les officiers parce qu'il leur a augmenté leurs primes de façon monstrueuse. Mais les policiers de base ne l'aiment pas du tout parce que leurs primes ont fortement baissé.
Dans la police, il est considéré comme un parasite, il a fait toute sa carrière sur notre dos. Tout ce qu'il dit, on sait très bien que c'est du vent, qu'il n'y a aucun suivi judiciaire sur ce qu'on fait, on sait très bien qu'il a baissé nos salaires, qu'il a bousillé nos retraites, qu'il est en train de bloquer les mutations, il a détruit la police. Les sanctions contre les flics ont explosé. L'administration préfère casser du flic que d'avoir des émeutes. En plus, les effectifs diminuent. Jusqu'en 2004, ils ont fait des énormes appels d'offre parce qu'ils avaient besoin de remplacer les départs à la retraite. En fait, ils ont pris n'importe qui, parce que personne ne voulait plus rentrer dans la police. Maintenant, les robinets sont fermés. C'est pour ça que les mutations sont bloquées.
En janvier 2008, le commandant d'alors nous a dit : “si vous prenez la carte flying blue, vous êtes des ripoux”. Alors que lui faisait ses courses avec la voiture de fonction, téléphonait avec le téléphone de la boîte et avait des billets gratuits... parce qu'à la PAF, ils ont des liens étroits avec les compagnies aériennes. On travaille ensemble, on a tous des contacts partout, pour avoir des billets pas chers.
C'est ça la police, on se rend service, la vie est dure. À partir du moment où les policiers ne sont pas bien considérés, pas bien payés, la corruption arrive tout de suite. Même quand ils sont bien payés, d'ailleurs, à partir du moment où il y a du pouvoir, c'est facile d'en abuser.
L’article d’Antoine Menusier, correspondant à Paris du quotidien suisse “Le Matin”, daté du 20 septembre, est passé inaperçu en France, sauf du “Canard enchaîné” et de quelques responsables de l’UMP auxquels il a causé quelques frayeurs… Il relate le voyage à Genève, le 23 mars 2007, d’Eric Woerth, alors trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, accompagné de Patrick Devedjian, à l’époque député des Hauts-de-Seine.
“Cette visite (…) avait un but, écrit Antoine Menusier, récolter de l’argent pour financer l’«effort de guerre» du candidat de la droite, opposé à sa rivale socialiste, Ségolène Royal. Le comité de soutien UMP Suisse avait vu grand pour accueillir les émissaires de Sarkozy : une réception à l’Hôtel Crowne Plaza en début de soirée, suivie d’une réunion au Caviar House, dans la très chic rue du Rhône, avec le «premier cercle», autrement dit, les donateurs les plus fortunés.”
“Eric Woerth ne cherchait pas alors à savoir si les chèques qu’on lui remettait étaient prélevés sur des comptes suisses non déclarés au fisc français», raconte un banquier français opérant dans une banque genevoise, cité par le correspondant du “Matin” qui précise : “S’il parle aujourd’hui, c’est qu’il est dégoûté par les «techniques peu glorieuses» employées en ce moment par le même Woerth pour faire plier les évadés fiscaux.”
Selon le “Canard enchaîné” daté du 7 octobre, cet article a provoqué “un véritable branle-bas de combat au siège de l’UMP. Les responsables du parti majoritaire cherchent surtout à savoir si quelques généreux donateurs ne figureraient pas malencontreusement sur la liste des 3.000 évadés fiscaux que Woerth clame détenir.”
La Suisse n’a pas toujours été villipendée comme paradis fiscal. Avant de devenir président de la République, Nicolas Sarkozy fut, notamment, avocat d’affaires. A ce titre, il accompagnait des clients à Genève et les introduisait auprès de financiers, rapporte le site Rue89 en date du 2 avril 2009.
La femme d’Eric Woerth, Florence, est gestionnaire de patrimoine au sein de Clymène, la structure qui gère le patrimoine personnel de Liliane Bettencourt, précisent Claire Gatinois et Anne Michel dans “Le Monde” du 23 janvier 2009. L’épouse du ministre veille aux intérêts de l’héritière du groupe L’Oréal, filiale de Nestlé, 7ème fortune mondiale en 2008 selon le magazine Forbes, la plus grande de France. “Clymène, écrit Antoine Menusier, a transféré 280 millions d’actifs de sa cliente sur un compte UBS [Union de banques suisses]. [Le ministre] n’est bien entendu pas responsable des activités de sa femme, mais il serait étonnant que l’un et l’autre n’aient pas échangé leurs vues sur lespratiques des banques suisses.”
Dans leur livre, Sarkozy et l’argent roi, signale Anthony Lesme sur Bakchich , les journalistes Renaud Dély et Didier Hassoux, respectivement de Marianne et du Canard enchaîné, dévoilent l’existence du Cercle de France. L’organisation serait chapeautée par Eric Woerth. À la page 73, on apprend que le ministre du Budget également trésorier de l’UMP, a reçu “par trois fois lesdonateurs de la campagne présidentielle de Sarkozy. “ Lors d’un entretien avec l’un des auteurs, Éric Woerth s’est justifié, “c’était pour les remercier, dit-il. C’est une simple question de politesse, c’est la moindre des choses, non ?” Elise Karlin précise dans L’Express que : “Le 3 septembre 2007, c’est au Bristol que Nicolas Sarkozy reçoit les plus généreux donateurs de sa campagne présidentielle.”
Le site Bakchich ajoute “si les contacts sont encore réguliers, c’est qu’en 2012, Nicolas [Sarkozy] compte encore sur eux.” Bakchich encore, qui sous la plume de Marion Mourgue dresse le portrait d’Eric Woerth, qui ferait partie du cercle fermé des ministres préférés du président : “Affable, courtois, le ministre la joue pourtant « collectif ». Et un chouia convenu: « Je n’ai pas de conflit de personne avec les autres ministres. Ce n’est pas mon caractère. Je cherche à arranger les choses, dans les règles du cadre fixé. On participe tous à une politique commune.» (…) “Le Budget peut-il être un tremplin politique ?, se demande Marion Mourgue. Le ministre n’esquive pas : « Si je peux accéder à de plus larges responsabilités, j’en serais heureux »
(Mor, qui a fait le dessin exagère vraiment ! J’ai compté : le ministre n’a pas autant de verrues)