06.11.2011
Jugement Nadine Morano-Est Républicain
La justice suit Nadine Morano

L'Est Républicain a été condamné en diffamation à la suite d'une plainte de la ministre lorraine (Est Républicain du 05/11/2011)
Ainsi donc L'Est Républicain est condamné pour diffamation à l'encontre de Nadine Morano. Pour la presse, notamment radios et télés, Nadine Morano est une bonne cliente. Souvent virulente, n'ayant peur de rien, bien ancrée dans ses convictions, RPR hier, sarkozystes aujourd'hui, elle est, parfois, très soucieuse de son image. Qu'elle apprécie flatteuse et fréquente dans la presse. Avec L'Est Républicain, « mon journal » comme elle le répète souvent tout en ne se privant pas de le critiquer, les rapports se compliquent fréquemment. Ils ont pris une tournure nouvelle le 22 mars dernier avec la publication d'un billet d'humeur intitulé « Caprice ». Notre confrère Christophe Dollet rapportait le témoignage d'une Nancéienne dont un proche, employé à l'aéroport de Rome, faisait état d'un retard à rembarquement sur un vol, où la ministre, accompagnée de sa mère et sa fille, ont embarqué dans le salon d'honneur. Nadine Morano n'a pas supporté. Elle a déposé plainte pour diffamation. Le Parquet a diligenté une enquête et audiencé avec efficience le 7 octobre dernier.
L'instruction à l'audience a permis à l'auteur d'expliquer qu'il avait vérifié auprès de plusieurs sources, notamment le contrôle aérien, que le retard de l'avion était imputable « à un retard à rembarquement dans l'espace VIP ». Christophe Dollet a expliqué qu'en 30 ans de carrière et plus de 4.000 billets au compteur, jamais il n'avait été confronté à une telle violence, « à une volonté de me nuire et de me détruire professionnellement ». Des arguments qui trouvèrent peu d'écho chez le Procureur, qui requit en personne 1.500 euros d'amende.
Le doute bénéficie à l'accusatrice
Pour le procureur Morey, « attribuer le retard de l'avion à un caprice constitue un élément objectif de l'atteinte à l'honneur et à la considération ». Le président Formet ne l'a pas entendu autrement en condamnant hier l'auteur à 150 euros avec sursis, L'Est Républicain à 150 euros d'amende et un euro de dommages et intérêts. La ministre réclamait 15.000 euros. Son avocat. Me Thibaut, représentait sa cliente, «peinée, blessée», pour qui « attribuer le retard à un caprice est une interprétation subjective particulièrement grave». Me Vohmann, avocate de notre journal, y vit «une manière de dire : taisez-vous».
Ainsi donc la justice rétablit Mme Morano dans son bon droit. Que dit le jugement ? « Le témoignage de Mme Marcardier (NDLR : la représentante de l'ambassade de France à Rome qui accompagnait la ministre jusqu'à l'avion) et les documents émanant de la compagnie Air France versés au débat, laissent planer un doute sur la réalité des faits relatés ». Ainsi, le doute ne bénéficie ici non pas à l'accusé, mais à l'accusatrice. On lit plus loin : «Même si aucune certitude ne ressort du dossier, il apparaît que les vérifications opérées par l'auteur de l'article n'ont pas été complètes et qu'il a manqué à la plus élémentaire prudence, en se fondant uniquement sur des propos rapportés, et sur aucun témoignage direct». Ce jugement ne peut que ravir Mme Morano. Par contre, elle n'obtiendra pas l'argent espéré puisque le tribunal ; estime que si sa partie civile est recevable, « en l'absence de preuve démontrant l'importance du préjudice, il ne peut être accordé qu'un euro ». Le président Formet a rejeté la demande de publication légale.
Alain DUSART
Mauvais procès
par Rémi Godeau directeur de la Rédaction
L'Est Républicain a été condamné. Pour quoi au juste ? Pour avoir fait son travail. Et agacé Nadine Morano après la publication d'un billet de deux cents mots qui l'égratignait sans méchanceté. Cette affaire aurait pu et dû en rester aux traditionnelles frictions entre un journal libre et la classe politique. La ministre en a décidé autrement. Sans ménager ni le journal, ni l'auteur du texte dont la compétence et l'honnêteté n'ont jamais été remises en cause. La République était-elle donc en danger ? Jusqu'au jugement et avec une retenue que n'ont pas d'autres médias, L'Est Républicain a continué de publier des articles consacrés à la ministre chargée de l'Apprentissage et de la Formation professionnelle. Par devoir d'information et respect de ses lecteurs. Loin des violences verbales et des pressions. Avec la sérénité qui sied à six mois des élections présidentielle et législatives. Parfois, certains coups renforcent et valent brevet d'indépendance.
15:41 Publié dans Correspondants de presse, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : est républicain, dollet, nadine morano



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