21.11.2009

Camus au Panthéon ?

« Sarkozy est l'ami de Bush, Kadhafi, Poutine, Berlusconi. Sa politique est aux antipodes des valeurs et conceptions que défend Camus. Au lieu de gesticuler, qu'il supprime le bouclier fiscal, qu'il s'excuse publiquement de ses insultes aux universitaires, qu'il vide Hortefeux et qu'il s'impose une cure de discrétion médiatique. » Jeanyves Guérin


Camus au Panthéon ?

SYMBOLE | Nicolas Sarkozy désire faire reposer le philosophe aux côtés de Victor Hugo et d'André Malraux.

 

Lionel Chiuch  | La Tribune de Genève, 20.11.2009

 

« La politique sarkozyste est anti-camusienne au possible, du bouclier fiscal aux copinages du Fouquet's, en passant par la fréquentation de tous les tyrans de la planète ».

Sur le site du Nouvel'Obs, l'universitaire Jean-Yves Guérin ne mâche pas ses mots. Il n'est pas le seul à voir dans la volonté de Nicolas Sarkozy de faire entrer Camus au Panthéon une forme de récupération. Le philosophe Michel Onfray s'en est aussi ému, qui considère l'auteur de L'Etranger comme un « libertaire irrécupérable ».

Il y a tout juste deux ans, le président français organisait un déjeuner à l'Elysée en compagnie d'Antoine Gallimard et de Catherine Camus (la fille de l'écrivain). C'est peut-être lors de cette rencontre que le projet a commencé à germer. Il s'est affirmé hier, lorsque Nicolas Sarkozy a déclaré que « faire entrer Albert Camus au Panthéon » serait « un symbole extraordinaire ». « La décision n'est pas encore prise, a-t-il précisé, mais j'ai pensé que ce serait un choix particulièrement pertinent ».

Pertinent, certes, au regard du calendrier - Camus s'est tué il y a bientôt un demi-siècle - et de la stature du personnage. En revanche, on peut s'interroger sur la part d'opportunisme et de calcul politique qui intervient dans l'affaire. Difficile de trouver des valeurs aussi divergentes que celles défendues par les deux hommes.

En 1957, recevant le Prix Nobel de littérature, Camus affirmait que l'écrivain « ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent ». Deux ans plus tard, il notait dans ses carnets : « Cette gauche dont je fais partie, malgré moi et malgré elle ».

 

C'est malgré lui, une fois encore, qu'il lui faudra peut-être devenir l'alibi « intellectuel » d'un homme de droite.

http://www.tdg.ch/camus-pantheon-2009-11-20

 

Camus au Panthéon : une profanation obscène

Par Michel Soudais

Politis, samedi 21 novembre 2009

 

C'est la dernière tocade de Nicolas Sarkozy. « Faire entrer Albert Camus au Panthéon, ce serait un symbole extraordinaire », a lancé le chef de l'Etat, depuis Bruxelles. Un symbole ? Non, une profanation !

 

Comment imaginer enfermer l'auteur de Noces à Paris, lui qui écrivait que « des cités comme Paris, Prague, et même Florence sont refermées sur elles-mêmes et limitent ainsi le monde qui leur est propre » [1] ? Il aimait le soleil, les horizons ouverts, les biens naturels... Il voulait être enterré à Lourmarin, où cet enfant élevé dans la pauvreté et l'humilité, avait acquis une maison avec l'argent de son prix Nobel. Il repose dans le cimetière de ce village provençal, sous une tombe toute simple, couverte de laurier et de romarin.

 

C'est pourtant à cette dernière demeure baignée de soleil, que Nicolas Sarkozy voudrait l'enlever pour l'emmurer à l'ombre de la crypte sinistre de l'ancienne église dédiée à Sainte-Geneviève ? Une pareille faute de goût n'est pas surprenante de la part de notre président Bling-bling. Ce n'en serait pas moins une profanation.

 

Cette panthéonisation n'est pas seulement une hérésie au regard d'un homme qui, de son vivant, « s'était toujours tenu à l'écart des salons et des gloires littéraires, des récompenses et des décorations » et avait refusé « de se laisser transformer en statue » [2]. Cette récupération politique de Camus par Sarkozy, qui vient après l'annexion par Jean-Claude Gaudin de l'auteur de L'Homme révolté pour en faire la « figure tutélaire » de Marseille capitale européenne de la culture en 2013, est franchement obscène. Ni comme écrivain, ni comme philosophe, ni comme journaliste, Albert Camus ne peut être revendiqué par l'UMP.

 

Dans sa jeunesse, il considérait que « la politique et le sort des hommes sont formés par des hommes sans idéal et sans grandeur » [3]. Distant à l'égard des politiques, il « n'a jamais appelé à voter que pour Mendès-France », indique Jeanyves Guérin, qui vient de publier un Dictionnaire Albert Camus (Robert Laffont) et « a refusé de déjeuner à l'Elysée avec de Gaulle. Comment y serait-il allé pour rencontrer Nicolas Sarkozy ? »

 

« Camus a critiqué très puissamment le capitalisme, le libéralisme, le marché faisant la loi, la déshumanisation de toute politique qui, à gauche comme à droite, n'avait pas le souci conjoint de la justice et de la liberté », rappelle Michel Onfray qui le définit comme un « libertaire irrécupérable ». Son antitotalitarisme peut séduire la droite, mais à condition d'occulter qu'il dénonçait tous les totalitarismes, ce qui en fait l'exact contraire des « nouveaux philosophes » (médiatiques) genre BHL ou Glucksmann.

 

Dans une belle tribune publiée l'été dernier dans Libération, l'écrivain et éditeur Jean-Pierre Barou, insistait lui aussi sur les amitiés libertaires de Camus : Bakounine, le père de l'anarchie hantait son cœur. C'est à la revue anarcho-syndicaliste Arbetarem, de Stockholm, qu'il accorda sa première interview après son Nobel. Et c'est à l'organe libertaire de Buenos Aires, Reconstruir, qu'il donna son tout dernier entretien.

 

Camus n'a pas besoin d'être au Panthéon pour que son oeuvre continue à vivre. Et Jeanyves Guérin a raison de penser que l'idée lui aurait déplu. « Ceux qui prétendent tout savoir et tout régler finissent par tout tuer », écrivait-il à Emmanuel D'Astier de la Vigerie, en 1948 [4]. La leçon vaut pour Nicolas Sarkozy.

 

Qu'il le laisse donc à Lourmarin !

 

Notes

[1] Albert Camus, Essais, Pléiade, ed. 1965, p.67.

[2] Herbert R. Lottman, Albert Camus, Seuil, 1978, p.13.

[3] Carnet I, décembre 1937.

[4] Herbert R.Lottman, Ibid., p. 448.

 

http://www.politis.fr/Camus-au-Pantheon-une-profanation,8...

 

Olivier Todd :

"Il faut garder Camus vivant. Il permet de réfléchir"

LE MONDE | 20.11.09 | 13h41  •  Mis à jour le 20.11.09 |

 

Avant le cinquantenaire de la mort d'Albert Camus, en janvier 2010, on publie un "Dictionnaire", dirigé par Jean-Yves Guérin, dans la collection "Bouquins" (992 p., 30 euros) et "Les Derniers Jours de la vie d'Albert Camus", de José Lenzini (Actes Sud, 144 p., 16,50 euros). L'écrivain est devenu une sorte d'icône. Vous qui avez été son biographe, comment l'expliquez-vous ?

 

On le mythifie dans un rôle de belle âme. Ce qu'il fut, à son honneur. Pour moi et pour ce Dictionnaire, fouillé, pas hagiographique, fondé sur une idée essentielle, Camus fut d'abord un écrivain, un artiste, un artisan, beaucoup plus qu'un philosophe dans la série Platon, Kant, Sartre, Wittgenstein. Un temps, il a tenté d'exprimer une philosophie à la française, très littéraire. Il en est revenu. Très tôt, il a dit "Je ne suis pas existentialiste" et admis très tard qu'il n'était pas philosophe. Tant mieux.

 

Il ne laissera pas une trace dans la philosophie conçue comme un savoir totalisant. Sa conception de l'absurde ne tient pas la route. Pour lui, c'est presque une substance entre l'homme angoissé et le monde irrationnel - le monde n'est ni absurde ni noir ou rose : il est. L'absurde, n'est-ce pas d'abord la contingence ? Il fut un penseur politique agissant à coups d'intuitions en se fondant sur son expérience.

 

Né en Algérie et Algérois, il venait d'une famille de pieds-noirs modestes. Il savait, lui, ce qu'étaient le prolétariat et la pauvreté. Camus n'est pas un visionnaire face aux événements mondiaux mais il se révèle bon analyste sur le moment.

 

Ce qui a cours désormais est que Camus a toujours eu raison et que Sartre s'est toujours trompé.

Camus est mort en 1960. On ne sait pas comment il aurait réagi aux événements, le Vietnam par exemple, sur lequel Sartre s'est prononcé plutôt vite. Camus, comme beaucoup d'intellectuels français, n'entendait rien à l'économie. Ce fut un homme honnête politiquement, même quand il avait tort à propos de l'Algérie et raison face au communisme. Il faut connaître toute sa vie politique pour le comprendre.

 

Jeune, excellent journaliste à Alger républicain, avant la guerre, il dénonça la misère en Kabylie. Prodigieux reporter, plus attachant que l'éditorialiste qu'il sera à Combat ou à L'Express - point de vue très personnel, je le reconnais. Il a adhéré au Parti communiste algérien en 1934 et s'en est séparé parce qu'il ne défendait pas assez les nationalistes algériens. Son silence au sujet de son adhésion m'a laissé perplexe. Quand il nia, en 1945, avoir été communiste, il était en instance de départ pour les Etats-Unis. Alors, les Américains n'accordaient pas de visas aux membres du Parti communiste. Péché véniel pour un homme qui haïssait le mensonge.

 

Revenons à l'Algérie. Il fut le seul, dans la presse française, en 1945, à dénoncer dans Combat la répression colonialiste à Sétif et Guelma - pour L'Humanité, des "émeutes réactionnaires". Seul aussi à rédiger un papier fulgurant sur la bombe atomique. Pendant la guerre d'Algérie - il l'appela "guerre", pas "opération de police" -, Camus fut déchiré et solitaire. Il refusait l'idée d'indépendance algérienne. Le grand dérapage fut la fameuse et maladroite phrase, peu logique, à Stockholm, après sa nobélisation, en 1957 : "Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice." Le Monde la publia hors contexte. Beuve-Méry avait prédit : "A Stockholm, Camus ne dira que des conneries..."

 

Sur Sartre et Camus, il faut aussi revenir au contexte quant à la querelle des Temps modernes à propos de L'Homme révolté. C'est un monument anthologique de l'histoire littéraire, pas de l'histoire politique. A part une cinquantaine de pages sur le communisme et un Marx messianique, je n'aime pas ce livre, mélange de littérature, de politique, de philosophie, de Rimbaud, de Breton... Une partie de L'Homme révolté avait été publiée dans Les Temps modernes. Naïf, Camus s'attendait à une bonne critique. Il rencontre Sartre qui le prévient : il y aura des réserves. Abasourdi, Camus découvre un éreintement de Francis Jeanson.

 

Dans ses Mémoires, Simone de Beauvoir affirme que Sartre avait pourtant appelé à une certaine modération. Camus, blessé et assez hidalgo, commence son article réponse par "M. le Directeur", ce qui exaspère Sartre. Camus se défend plutôt bien mais la rupture est consommée. Simone de Beauvoir, en 1954, dans Les Mandarins, fait de Camus un personnage répugnant, collabo même.

 

Toute sa vie, Camus a été un homme du doute, incertain de son talent. Sartre, lui, croyait en son génie. Politiquement - aujourd'hui, c'est facile -, je suis plus proche de Camus. J'aimerais aussi qu'on se souvienne que Sartre, crypto-communiste, ne s'est pas toujours trompé. Par exemple, sur Israël et les Palestiniens, sur le Biafra. Il faut cesser de dire qu'il nous a trompés. On s'est trompé avec lui. J'ai de l'admiration pour Camus et je garde de l'affection pour Sartre. J'ai toujours aimé leurs livres.

 

J'avais 19 ans lorsque j'ai connu Sartre, en 1948. Il a eu la gentillesse de me voir assez souvent. J'ai rencontré l'oeuvre de Camus. Pas l'homme. J'ai été frappé par le côté direct et simple de Sartre. Je n'ai pas l'impression que Camus ait été simple. Trop déchiré. On insiste maintenant sur la nécro de Sartre, dans France-Observateur, à la mort de Camus, sur le "Nous étions brouillés... une autre façon de vivre ensemble." Beau sartrisme ! Les rapports Camus-Sartre ont été asymétriques. De copinage, de connivence, de fiestas. Pas d'amitié.

 

Ils eurent une attitude fort différente face à l'action. Camus appartint à la Résistance active. Sartre, non. Les rapports écrits, imprimés, de Sartre et de Camus finissent comme ils ont commencé. Ils s'ouvrent sur un article de Sartre en 1942 : "Explication de "L'Etranger"". L'agrégé accorde un 21/20 à Camus écrivain et un 7/20 à Camus philosophe - licencié.

 

C'est précisément ce que Sartre refait dans la querelle des Temps modernes. Avec Jeanson, il reproche à Camus d'être incapable de lire L'Etre et le Néant. Ses personnages sont "métaphysiques". Il y avait pourtant eu, dans Les Temps modernes, deux articles plus que laudatifs sur les héros de La Peste - livre que je n'aime guère.

 

Que préférez-vous dans l'oeuvre de Camus ?

L'Etranger. Noces, pour son côté lyrique pur sans grandiloquence. Et, avant tout, La Chute. J'interrogeais souvent Sartre sur les livres de Camus. Il préférait La Chute, "parce qu'il s'y est mis et caché tout entier".

 

Et l'oeuvre de Sartre ?

Lui aussi est, pour moi, d'abord un écrivain. Même s'il se prenait surtout pour un philosophe dévoilant le monde dans sa totalité. J'aime La Nausée et ses nouvelles. Surtout, L'Enfance d'un chef. Autrefois, je détestais Les Chemins de la liberté. A reconsidérer. Par-dessus tout, Les Mots, un diamant noir, contrepoint à La Chute. Dans Situations, il y a des choses extraordinaires sur l'engagement et un fatras politico-dialectique. Huis clos que j'ai vu sous l'Occupation.

 

Que pensez-vous des rapports de Camus et de Malraux ?

Très importants. Asymétriques aussi. Leur correspondance est fascinante. Camus est un petit jeune homme inconnu et ils s'écrivent d'égal à égal. C'est grâce à Pascal Pia et Malraux que L'Etranger fut publié. Malraux n'a jamais parlé de l'oeuvre de Camus, je crois. Quand Camus reçoit le Nobel, il dit : "C'est Malraux qui aurait dû l'avoir..."

 

Dans les rapports d'homme à homme de Camus se profile sans cesse l'ombre du père qu'il n'a pas connu : Jean Grenier, Malraux, Sartre, René Char - encore qu'avec ce dernier il y avait une amitié un peu solennelle, à en juger par les lettres échangées. Puisque je parle de documents, il faut dire qu'il y a encore beaucoup de choses inédites. Les correspondances avec certaines femmes importantes de la vie de Camus, dont Maria Casarès ou Mi, le dernier amour de Camus. Ces lettres-là ont été données à la Bibliothèques nationale.

 

Camus-Clamence, dans La Chute, reconnaît qu'il ne pouvait voir une jolie femme sans se retourner. Le voir comme une icône désincarnée n'est pas lui rendre hommage. Il faut le garder vivant dans sa complexité et ses contradictions.

 

Ces mois-ci, on s'apprête à rebarbouiller l'icône. Les prétoriens intellectuels récupérateurs de l'Elysée lancent la grande manoeuvre pour, figurez-vous, je vous le jure, le "panthéoniser" ! Camus n'est ni exemplaire ni édifiant. Il permet de réfléchir. Qu'on le lise au lieu de débiter des généralités sans comprendre son parcours. J'aime sa réponse dans une de ses toutes dernières interviews. On lui demandait : "M. Camus, appartenez-vous encore à la gauche ?" "Oui, malgré elle et malgré moi." D'actualité, non ?

 

Propos recueillis par Josyane Savigneau

Le Monde du 21.11.09

 

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/20/olivier...

 

Faut-il panthéoniser l'auteur de « l'Homme révolté » ?

 

« Qu'on laisse Camus à Lourmarin ! »

Par Jeanyves Guérin (Universitaire)

Nouvel Observateur, 20 novembre 2009

 

Professeur de littérature à l'université Paris-III Sorbonne-Nouvelle, Jeanyves Guérin vient de diriger la publication d'un remarquable « Dictionnaire Albert Camus ». Il réagit, pour BibliObs.com, à l'annonce d'une possible entrée d'Albert Camus au Panthéon.

« S'il est une personnalité qui mériterait  de reposer au Panthéon, c'est bien l'écrivain, le penseur, le citoyen qu'est Camus. Mais pas du Panthéon que nous connaissons, d'un Panthéon idéal où il rejoindrait non seulement Zola, Jaurès et Malraux, mais aussi de Gaulle, Mendès France, Manouchian, Baudelaire, Proust, Beckett...

 

Camus avait choisi d'être enterré à Lourmarin, dans le village qui l'avait accueilli, loin de Paris, de ses palais et de ses élites. Qu'on l'y laisse.

 

L'idée lui aurait sans doute déplu. L'initiative, de toute façon, est lancée trop tôt ou trop tard. On l'imagine lancée par Mendès France, Rocard ou Jospin qui, mieux que Sarkozy, méritaient de présider aux destinées de la France. Imagine-t-on Sarkozy lisant un discours à la gloire de Camus rédigé par Guaino...

 

Sarkozy est l'ami de Bush, Kadhafi, Poutine, Berlusconi. Sa politique est aux antipodes des valeurs et conceptions que défend Camus. Au lieu de gesticuler, qu'il supprime le bouclier fiscal, qu'il s'excuse publiquement de ses insultes aux universitaires, qu'il vide Hortefeux et qu'il s'impose une cure de discrétion médiatique. »

Propos recueillis par Grégoire Leménager

 

http://bibliobs.nouvelobs.com/20091120/16006/quon-laisse-...

 

Sarkosy, Camus : même combat ?

(suite)

Par Grégoire Leménager

Les grands écrivains ont beau n'appartenir à personne, et être d'ennuyeuses personnes qui ne respectent ni devoir de réserve ni cohésion nationale, arrive toujours un moment où les politiques s'aperçoivent qu'ils ont besoin d'eux. « Ce serait un symbole extraordinaire » de « faire entrer Albert Camus au Panthéon », a dit hier Nicolas Sarkozy à Bruxelles.

 

« La décision n'est pas encore prise », a-t-il précisé, mais puisque l'on va commémorer en 2010 le 50e anniversaire de sa disparition, « j'ai pensé que ce serait un choix particulièrement pertinent (...). Dans cet esprit, j'ai déjà pris contact avec les membres de sa famille, j'ai besoin de leur accord ».

 

On ne sait pas encore exactement de quoi cette panthéonisation serait « un symbole extraordinaire ». Mais les amateurs d'ouverture apprécieront cette volonté d'en afficher en toutes choses, de la part d'un homme qui, il y a deux ans déjà, avait cru pouvoir vanter le « non-conformisme de Camus par rapport aux élites » sans voir à quel point son propre pouvoir se trouvait contesté lui aussi par ce « non-conformisme »-là. Une chose est certaine, en tout cas : Michel Onfray a beau rappeler ici que l'auteur de « l'Homme révolté » est d'abord « un libertaire irrécupérable », le voilà devenu plus tendance que jamais. Après avoir été si longtemps méprisé en France, à gauche comme à droite, le voilà métamorphosé en une icône bien pratique, comme on l'observe dans le numéro « Spécial Camus » du « Nouvel Observateur » paru ce jeudi.

 

Il n'était pas encore question de Panthéon pendant la préparation de ce dossier, mais déjà, l'universitaire Jeanyves Guérin, sous la direction duquel vient d'être publié un remarquable « Dictionnaire Albert Camus », avait mis en garde contre toutes les récupérations qui menacent l'héritage littéraire et intellectuel de ce franc-tireur : « Celle de Camus par Sarkozy est idiote et scandaleuse. La politique sarkozyste est anti-camusienne au possible, du bouclier fiscal aux copinages du Fouquet's, en passant par la fréquentation de tous les tyrans de la planète.

 

Camus, qui n'a jamais appelé à voter que pour Mendès-France, n'aimait pas fréquenter les hommes politiques, qu'il considérait comme "des hommes sans idéal et sans grandeur" : "Combat" ne leur a jamais donné une tribune, et lui-même a refusé de déjeuner à l'Elysée avec de Gaulle. Comment y serait-il allé pour rencontrer Nicolas Sarkozy ?»

 

Reste heureusement le football, ce trait d'union essentiel entre le président de la République et l'auteur de « l'Etranger » : « Ce que je sais de la morale, disait modestement Camus, c'est au football que je le dois » ; après avoir assisté mercredi soir au coup de main de Thierry Henry, Nicolas Sarkozy a eu cette belle formule : « l'essentiel est de s'être qualifié ».

G.L.

PS. Sollicité quelques heures après la rédaction de ce billet pour réagir plus précisément à l'annonce de la panthéonisation de Camus, Jeanyves Guérin répond ici, avec verve : « Qu'on le laisse à Lourmarin !»

 

http://bibliobs.nouvelobs.com/20091120/15995/sarkozy-camu...

 

 

 

Arguments des anti-vaccination

Un mot de Julia Roberts

Mais non, Julia Roberts ne parle pas de l'Est Répblicain !

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